Unité mixte de recherche 7235

La pandémie de Covid-19 qui s’est déclarée au début de l’année 2020 est à l’origine d’une crise sanitaire sans égale qui a conduit au confinement de la moitié de la population du globe. Tous les pays sont touchés et les économies sont à l’aube d’une récession inconnue depuis la seconde guerre mondiale. Les effets sur les ménages et les entreprises seront profonds et durables.

Préoccupés par cette situation et engagés dans l’élaboration de réflexions pour reconstruire l’avenir, les chercheurs d’EconomiX, également confinés, vous proposent des textes permettant de comprendre les différentes facettes de la situation actuelle et des perspectives de sortie de la crise. Le dossier Covid-19 qui vient d’être créé contient des articles sur les règles de politique monétaire, la situation des marchés financiers et la politique industrielle.

Il sera régulièrement mis à jour et enrichi des nouvelles publications des membres de l’unité.

La Covid, accélérateur des inégalités de revenus et de patrimoine en France

The conversation, 29/09/2021 - Auteurs: David Bourghelle , Fredj Jawadi , Philippe Rozin Selon une étude récente de la Banque mondiale, la période de Covid-19 a été marquée par une aggravation exceptionnelle des inégalités dans le monde...

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The conversation, 29/09/2021 – Auteurs: David Bourghelle , Fredj Jawadi , Philippe Rozin

https://theconversation.com/la-covid-accelerateur-des-inegalites-de-revenus-et-de-patrimoine-en-france-168493?utm_source=linkedin&utm_medium=bylinelinkedinbutton

 

Selon une étude récente de la Banque mondiale, la période de Covid-19 a été marquée par une aggravation exceptionnelle des inégalités dans le monde. En effet, la pandémie aurait conduit à faire basculer plus de 100 millions de personnes dans la pauvreté en 2020, atténuant ainsi fortement les progrès réalisés au cours des 25 dernières années.

Les hausses des inégalités économiques et sociales ont pris différentes formes. Une étude récente aux États-Unis a par exemple montré que les inégalités de types raciales s’étaient encore largement accentuées dans de nombreuses agglomérations américaines. Le prix « Nobel » d’économie Joseph Stiglitz a, de son côté, noté une explosion, particulièrement marquée outre-Atlantique depuis la pandémie de Covid-19 des inégalités face aux soins hospitaliers. Une autre étude, réalisée au Royaume-Uni, a elle dressé un constat alarmant concernant les inégalités entre populations migrantes récentes et anciennes.

Les pays riches subissent des pertes d’années de vie par habitant importantes, et les inégalités se creusent de manière plus ou moins importante, selon les systèmes économiques et leurs amortisseurs sociaux. Mais qu’en est-il spécifiquement en France ? La pandémie a-t-elle modifié le paysage des inégalités économiques et sociales ? Quelles sont les réponses (notamment fiscales) envisageables ?

Les ouvriers en première ligne

 
Extrait de l’étude « France, portrait social », Insee (2020).

Une note de conjoncture de l’Insee publiée en fin d’année dernière caractérise les dommages causés entre mars et avril 2020 par la crise sanitaire. Les conséquences sont sévères : surcroît de 27 000 décès (+27 %), toutes causes confondues, par rapport à la même période en 2019 ; l’Île-de-France (+91 %) et le Grand-Est (+55 %) sont surreprésentées parmi les régions ; surreprésentation également des personnes les plus âgées, des personnes nées à l’étranger et de celles habitant dans les communes les plus pauvres et aux populations les plus denses ; sur le plan social, les ouvriers et les employés qui ont continué à se rendre sur leur lieu de travail ont été les plus fortement exposés au virus.

 

Les conséquences sur l’emploi sont également importantes : 715 000 emplois ont été détruits au premier semestre 2020, surtout dans l’intérim. Le chômage partiel a concerné principalement les ouvriers (54 %) et les employés (36 %), tandis que les cadres ont plus largement travaillé à domicile (81 %).

Mais la pandémie a aussi et surtout renforcé les deux principales sources d’inégalités en France : les revenus et les patrimoines. Ainsi, la perte de revenu disponible brut, à partir du deuxième trimestre 2020, est la plus forte sur un trimestre jamais enregistrée depuis 1949 (-2,7 % après -0,8 % au premier trimestre).

 
Extrait de l’étude « France, portrait social », Insee (2020).

La dégradation du revenu disponible brut des ménages à faibles revenus semble être particulièrement sensible. En effet, parmi les 10 % de ménages les plus pauvres, 35 % ont la perception d’une dégradation de leur situation financière. Cette proportion est deux fois plus faible pour les 10 % de ménages les plus aisés.

Certes, les mesures engagées par le gouvernement (les indemnités d’activité partielle, l’aide exceptionnelle de solidarité liée à l’urgence sanitaire versée en mai 2020 aux ménages les plus précaires, les prestations liées aux absences pour garde d’enfants, les allocations chômage et les minima sociaux prorogés, etc.) ont eu pour fonction de compenser partiellement les pertes de revenus.

Néanmoins, le Haut Conseil du financement de la protection sociale a confirmé que les populations les plus fragiles économiquement et socialement avaient été durement touchées au cours de la période de pandémies, s’appuyant sur les résultats d’une enquête présentée fin 2020

 

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Le cours du bitcoin condamné à toujours plus de volatilité

The conversation, 11/07/2021 - Auteurs: David Bourghelle , Fredj Jawadi , Philippe Rozin Première cryptomonnaie d’envergure, le bitcoin a été créé par un groupe anonyme de développeurs en 2008. En raison de sa nature décentralisée et des profits colossaux qu’il a rapidement générés, l’attention que lui portent les médias, les universitaires et les praticiens n’a cessé de croître ces dernières années...

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The conversation, 11/07/2021 – Auteurs: David Bourghelle , Fredj Jawadi , Philippe Rozin

https://theconversation.com/le-cours-du-bitcoin-condamne-a-toujours-plus-de-volatilite-163997

 

Première cryptomonnaie d’envergure, le bitcoin a été créé par un groupe anonyme de développeurs en 2008. En raison de sa nature décentralisée et des profits colossaux qu’il a rapidement générés, l’attention que lui portent les médias, les universitaires et les praticiens n’a cessé de croître ces dernières années.

 

Pourquoi le bitcoin semble-t-il aussi attractif ? Plusieurs arguments peuvent être avancés. D’abord, le bitcoin et, de manière plus générale les cryptomonnaies, restent des actifs purement spéculatifs sans rémunération ni ancrage fondamental. Les gains à l’achat ne reposent ici que sur la perspective de plus-value de cessions, exacerbant ainsi les dynamiques autoréférentielles propres au fonctionnement des marchés financiers. Avec un tel actif à leur disposition, les investisseurs ont été naturellement attirés par les possibilités de rendements hors normes, à deux, voire trois chiffres, et par l’avantage d’enrichir leurs portefeuilles.

 

Deuxième argument, la cryptomonnaie a rapidement fait l’objet d’un processus de légalisation. Certains pays comme l’Allemagne, le Japon, la Corée du Sud, etc. ont finalement validé le statut légal du bitcoin et d’autres l’ont même adopté comme monnaie de référence.

 

Enfin, le secteur privé est entré dans la partie. De nombreuses entreprises célèbres telles que Microsoft, Dell, Enercity, et récemment Tesla, ont accepté les transactions en bitcoin. Un nombre croissant de banques centrales sont aujourd’hui enthousiastes à l’idée d’employer des cryptomonnaies. Certaines bourses ont même introduit des contrats à terme sur le bitcoin, comme le Nasdaq, le Chicago Mercantile Exchange et la bourse de Tokyo.

 

Lorsque le bitcoin avait fait irruption en 2009, les premiers détenteurs l’avaient vanté comme un moyen sûr, décentralisé et anonyme d’effectuer des transactions en dehors du système financier traditionnel. Les cryptomonnaies et leurs plates-formes de transaction se sont alors répandues comme une traînée de poudre.

De l’euphorie à la défiance

Avec le bitcoin, fini les rigidités des monnaies centrales et les préoccupations suscitées par la liquidité des marchés. Enfin était venu le temps d’une monnaie littéralement extraite des déterminants de l’économie réelle.

 

Conséquence moins avouable, les criminels, qui opèrent souvent dans les recoins cachés de l’Internet, ont aussi afflué vers le bitcoin pour accélérer les volumes de leurs affaires illicites, en bénéficiant d’un parfait anonymat (du moins le croyaient-ils). La monnaie numérique est ainsi rapidement devenue aussi populaire auprès des trafiquants de drogue et des fraudeurs fiscaux que des libertaires.

 

Dans ces conditions, entre une offre connue et limitée (le nombre total de bitcoins en circulation ne dépassera jamais 21 millions d’unités) et une demande, certes fluctuante, mais sans cesse croissante, tout prédisposait au déclenchement d’une dynamique spéculative incontrôlable et, potentiellement, à la croissance durable et sans bornes du prix du bitcoin.

 

Si l’on revient sur la décennie qui vient de s’écouler, on s’aperçoit que le cours du bitcoin est ainsi passé de près de zéro à environ 20 000 dollars entre 2009 et décembre 2017, puis, après un premier ajustement en 2018, de moins de 6 000 dollars en juin 2018 à pratiquement 65 000 en avril 2021, avec parfois des hausses quotidiennes de plus de 10 %. Ces trajectoires exceptionnelles et sans précédent et l’extrême volatilité qui les ont accompagnées ont considérablement accru les appétits…

 

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Quelle politique économique pour faire face à la deuxième vague ?

Les Echos, 04/11/2020 - Auteure: Valérie Mignon Avec le durcissement des mesures sanitaires lié à la recrudescence de la pandémie de Covid-19, l'horizon de la reprise économique s'éloigne. De telles perspectives risquent d'aggraver nombre d'indicateurs, parmi lesquels les déficits commercial et public, et de freiner de nouveau la consommation des ménages, estime l'économiste Valérie Mignon....

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Les Echos, 04/11/2020 – Auteure: Valérie Mignon

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/opinion-quelle-politique-economique-pour-faire-face-a-la-deuxieme-vague-1261852

 

Avec le durcissement des mesures sanitaires lié à la recrudescence de la pandémie de Covid-19, l’horizon de la reprise économique s’éloigne. De telles perspectives risquent d’aggraver nombre d’indicateurs, parmi lesquels les déficits commercial et public, et de freiner de nouveau la consommation des ménages, estime l’économiste Valérie Mignon.

 

«La lutte contre le coronavirus est amenée à durer et à se durcir, de même que le recours aux caisses publiques déjà fortement sollicitées.»

 

 

Habituée à un solde commercial structurellement négatif, la France voit son déficit commercial se creuser fortement en raison d’un effondrement des exportations et d’une dépendance accrue aux importations. La crise sanitaire a en effet lourdement impacté la mondialisation en mettant un coup de frein massif aux exportations dans des secteurs où la France est en pointe comme l’aéronautique et, dans une moindre mesure, l’automobile, l’agroalimentaire et la chimie. La baisse de la facture pétrolière ne suffit pas pour compenser le manque à gagner, d’autant plus que l’euro s’apprécie depuis plusieurs mois. La diminution des importations a été moindre que celle des exportations du fait, notamment, de la dépendance de la France aux achats de masques chinois et de matériel médical…

 

 

 

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After Covid-19, will seasonal migrant agricultural workers in Europe be replaced by robots?

CEPII, 09/09/2020 - Auteurs: Cristina Mitaritonna, Lionel Ragot The covid-19 crisis and the ensuing closure of borders has profoundly affected the mobility of migrant seasonal workers. As some European agricultural sectors highly depend on these workers, governments in EU countries have urgently adopted different strategies to avoid disruptions due to their absence. ...

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CEPII, 09/09/2020 – Auteurs: Cristina Mitaritonna, Lionel Ragot

http://www.cepii.fr/CEPII/fr/publications/pb/abstract.asp?NoDoc=12680

 

The covid-19 crisis and the ensuing closure of borders has profoundly affected the mobility of migrant seasonal workers. As some European agricultural sectors highly depend on these workers, governments in EU countries have urgently adopted different strategies to avoid disruptions due to their absence. Alternatives seeking to cope without this experienced foreign seasonal labour force, pose two difficulties: their effectiveness is not guaranteed and/or they are accompanied by a significant increase in production costs and therefore in prices. As this large-scale temporary shock may lead to longer-term structural changes in the agricultural sectors concerned, we draw on the UK’s post-Brexit vote experience to discuss alternatives to foreign migrant seasonal workers. The covid-19 pandemic may well accelerate the adoption of robots for picking fruits and vegetables in the EU fields.

 

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Dettes publiques : le Covid-19 augmente la contagion sur le marché des obligations d’État

The conversation, 29/06/2020 - Auteurs: Laurent Ferrara et Capucine Nobletz La pandémie liée à la propagation du coronavirus a engendré une récession économique mondiale d’amplitude rarement observée dans l’histoire économique, comparable en cela à un phénomène dit de « désastre », tel que défini par l’économiste Robert J. Barro. La nature des chocs qui ont frappé les économies, mélange de chocs d’offre et de demande négatifs associés à une hausse vertigineuse de l’incertitude, ainsi que leur amplitude, ont durement touché l’activité économique...

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The conversation, 29/06/2020 – Auteurs: Laurent Ferrara et Capucine Nobletz

https://theconversation.com/dettes-publiques-le-covid-19-augmente-la-contagion-sur-le-marche-des-obligations-detat-141496

 

 

 

« Si nous payons la dette, nous ne pouvons pas manger »,

peut-on lire sur les pancartes de manifestantes argentines à Buenos Aires, le 11 juin dernier. Juan Mabromata / AFP

 

La pandémie liée à la propagation du coronavirus a engendré une récession économique mondiale d’amplitude rarement observée dans l’histoire économique, comparable en cela à un phénomène dit de « désastre », tel que défini par l’économiste Robert J. Barro.

 

La nature des chocs qui ont frappé les économies, mélange de chocs d’offre et de demande négatifs associés à une hausse vertigineuse de l’incertitude, ainsi que leur amplitude, ont durement touché l’activité économique.

 

De leur côté, les marchés financiers ont connu des évolutions diverses. Les marchés d’actions ont d’abord fortement chuté puis se sont rapidement rééquilibrés sous l’effet notamment des interventions massives des banques centrales, mais aussi de certains secteurs qui ont profité de cette crise, notamment le secteur des technologies de l’information.

 

Les prix du pétrole ont subi une baisse massive de 75 % depuis le début de l’année 2020, pour rebondir légèrement autour de 40 dollars le baril de Brent fin juin, le prix de certains contrats futurs basculant même en territoire négatif à la clôture du marché le 20 avril 2020…

 

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Coronavirus : “En contrepartie du chômage partiel, les entreprises qui en sortiront ne devraient pas pouvoir licencier”

Rebondir, 25/05/2020 - Auteure: Nadine Levratto Pendant le confinement, de nombreuses entreprises ont été contraintes de recourir au chômage partiel. Ce dispositif est-il efficace face à la crise actuelle, qui devrait continuer malgré le déconfinement ? Empêchera-t-il vraiment les licenciements ? Que deviendra ce système après juin ? L’analyse de Nadine Levratto, économiste et directrice de recherche au CNRS...

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Rebondir, 25/05/2020 – Auteure: Nadine Levratto

http://rebondir.fr/actualites-emploi/marche-de-lemploi/coronavirus-en-contrepartie-du-chomage-partiel-les-entreprises-qui-en-sortiront-ne-devraient-pas-pouvoir-licencier-25052020

 

Pendant le confinement, de nombreuses entreprises ont été contraintes de recourir au chômage partiel. Ce dispositif est-il efficace face à la crise actuelle, qui devrait continuer malgré le déconfinement ? Empêchera-t-il vraiment les licenciements ? Que deviendra ce système après juin ? L’analyse de Nadine Levratto, économiste et directrice de recherche au CNRS.

Pourquoi n’a-t-on guère utilisé le chômage partiel en France avant le coronavirus ?

L’activité partielle a été mise en place pour répondre à des situations de crise un peu exceptionnelles, qui peuvent apparaître au niveau d’entreprises qui connaissent soit un choc sectoriel, soit une période difficile. Elle a donc vocation à servir d’amortisseur à un niveau très micro-local, de manière ponctuelle.

Le chômage partiel a été utilisé dans des proportions plus importantes lors de la crise financière de 2008-2009, avec des différences par pays, notamment entre l’Allemagne et la France. Avec d’un côté l’Allemagne qui a eu un recours très important à ce système, notamment pour sauver ou maintenir les emplois ou dans l’industrie, et la France qui en a fait un usage très parcimonieux.

Malgré les avantages du dispositif, les entreprises françaises l’ont peu utilisé lors de la crise de 2008, car elles n’ont pas fait le choix de l’investissement humain. Faute d’incitations suffisantes de la part du gouvernement, mais aussi parce que c’était l’occasion pour certaines de mener des réorganisations de leurs périmètres, les entreprises ont préféré dégraisser massivement.

Outre-Rhin, les organisations allemandes ont fait un tout autre choix. Elles ont utilisé ce dispositif, préservé l’emploi, et ont profité de la crise pour former leurs salariés, tout particulièrement dans l’industrie, en attendant des jours meilleurs. Un pari gagnant car lors du redémarrage de l’économie, l’Allemagne a gagné des parts de marché.

En France, les organisations patronales ont finalement compris que les dégraissages massifs ont débouché à moyen terme sur une perte de savoir-faire qui a pénalisé la reprise. Les entreprises ont également pris conscience de l’intérêt de maintenir les compétences dans l’entreprise, même en période de crise. Ce qui explique la généralisation du chômage partiel en mars dernier, dans le cadre d’un choc majeur…

 

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La pandémie de Covid-19, une occasion historique de réinventer le développement de l’Afrique

The conversation, 07/06/2020 - Auteurs: Blaise Gnimassoun et Sampawende Jules Tapsoba Première pandémie planétaire depuis un siècle, la propagation du Covid-19 révèle les limites des sociétés et des économies à travers le monde. Pour les érudits en économie, cette crise sanitaire provoquera la récession la plus brutale et la plus sévère de mémoire d’homme. Le dernier né des coronavirus a déjà fait des centaines de milliers de morts depuis son apparition en Chine en décembre dernier. Il a contraint de nombreux gouvernements à confiner leurs populations à un niveau impensable jusqu’à récemment. L’économie mondiale a été littéralement mise à l’arrêt. L’Afrique subsaharienne n’est pas en reste...

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The conversation, 07/06/2020 – Auteurs: Blaise Gnimassoun et Sampawende Jules Tapsoba

https://theconversation.com/la-pandemie-de-covid-19-une-occasion-historique-de-reinventer-le-developpement-de-lafrique-139697

 

 

 Conakry, Guinée, le 4 mai 2020. Cellou Binani/AFP 

 

 

Première pandémie planétaire depuis un siècle, la propagation du Covid-19 révèle les limites des sociétés et des économies à travers le monde. Pour les érudits en économie, cette crise sanitaire provoquera la récession la plus brutale et la plus sévère de mémoire d’homme. Le dernier né des coronavirus a déjà fait des centaines de milliers de morts depuis son apparition en Chine en décembre dernier. Il a contraint de nombreux gouvernements à confiner leurs populations à un niveau impensable jusqu’à récemment. L’économie mondiale a été littéralement mise à l’arrêt. L’Afrique subsaharienne n’est pas en reste.

Une crise sanitaire sans précédent dans le monde… mais pas en Afrique

Bien qu’il existe encore beaucoup d’incertitudes sur l’impact sanitaire du Covid-19 en Afrique sub-saharienne, un faisceau de données indique d’ores et déjà que la propagation du virus semble contenue, en partie grâce à la précocité des mesures de confinement et à la jeunesse de la population.

Si le Covid-19 se révèle d’une violence inédite partout dans le monde, les crises sanitaires aux conséquences ravageuses sont légion en Afrique subsaharienne. La région n’est guère étrangère aux épidémies dramatiques comme Ebola ou aux pathologies extrêmement létales et récurrentes telles que le paludisme qui aurait provoqué, selon l’Organisation mondiale de la Santé, environ 380 000 décès en Afrique sub-saharienne en 2018.

 

 

Distribution en porte-à-porte de moustiquaires pour lutter contre le paludisme à Cotonou (Bénin), le 28 avril 2020.

À l’approche de la saison des pluies, le Bénin est le premier pays d’Afrique de l’Ouest à relever le défi de fournir

des moustiquaires pour protéger la population contre le paludisme malgré

les perturbations causées par le Covid-19. Yanick Folly/AFP

 

La pandémie actuelle a surtout mis à nu la fragilité voire la faillite des systèmes de santé dans cette région plus qu’ailleurs. Les projecteurs braqués sur les systèmes de santé révèlent ainsi le sous-équipement criard des pays en lits de réanimation, en respirateurs et autres équipements médicaux. De même, pour l’essentiel, les équipements disponibles sont concentrés dans les grands centres urbains, plongeant une bonne partie des populations dans un désert sanitaire absolu.

Vers une crise économique et sociale sévère…

La pandémie plongera l’Afrique sub-saharienne dans sa première récession en vingt-cinq ans selon la Banque mondiale. La forte croissance économique enregistrée depuis plusieurs années et largement applaudie semble être un éléphant aux pieds d’argile.

L’impact économique du Covid-19 en Afrique sub-saharienne est double. Au niveau interne, les mesures de confinement ralentiront l’activité économique. Au niveau externe, les pays souffriront de l’effondrement des cours des matières premières, de l’incertitude autour de l’aide publique au développement et des transferts de fonds de la diaspora en raison de la récession annoncée dans les pays développés. Les États dépendants du tourisme mondial connaîtront une baisse drastique de la production de services et des recettes publiques. Sur le plan financier, l’incertitude sur les marchés aura pour impact de rendre davantage difficile l’accès aux capitaux mondiaux.

Sur le plan social, l’insuffisance des systèmes de protection et des transferts publics ainsi que la fragilité économique des populations, aggravée par le confinement, pourraient annihiler les gains de plusieurs décennies de lutte contre la pauvreté. Une bonne partie de la population vivant de l’activité informelle et en l’absence de transferts publics conséquents, le maintien dans la durée des mesures de confinement semble intenable. Il pourrait même s’avérer contre-productif si la précarité sociale qu’il induit se traduit par des mouvements d’indignation et de révolte populaire…

 

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Pour sortir de la crise : repensons la monnaie

Institut Veblen, 27/05/2020 - Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau La pandémie de Covid-19 et le ralentissement brutal de l’économie mondiale frappent des sociétés déjà fragilisées par l’urgence écologique et lacrise sociale. Si elles n’ont pas la même nature et la même temporalité, ces trois crises sanitaire, environnementale et sociale sont profondément imbriquées l’une dans l’autre. De nombreux experts font le lien entre la perte de la biodiversité et l’apparition de nouvelles épidémies et rappellent que les risques sanitaires devraient s’accroître avec le dérèglement climatique. Les populations les plus vulnérables payent un lourd tribut et se trouvent les plus exposées à la pandémie. Ces crises nécessitent ainsi des réponses articulées et cohérentes....

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Institut Veblen, 27/05/2020 – Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau

https://www.veblen-institute.org/IMG/pdf/note_veblen_entretien_scialom_bridonneau.pdf

 

La pandémie de Covid-19 et le ralentissement brutal de l’économie mondiale frappent des sociétés déjà fragilisées par l’urgence écologique et lacrise sociale. Si elles n’ont pas la même nature et la même temporalité, ces trois crises sanitaire, environnementale et sociale sont profondément imbriquées l’une dans l’autre. De nombreux experts font le lien entre la perte de la biodiversité et l’apparition de nouvelles épidémies et rappellent que les risques sanitaires devraient s’accroître avec le dérèglement climatique. Les populations les plus vulnérables payent un lourd tribut et se trouvent les plus exposées à la pandémie. Ces crises nécessitent ainsi des réponses articulées et cohérentes.

Dans ce dossier, nous proposonsquatre entretiens pour analyser les premières réponses données mais aussi pour alimenter le débat sur comment aller plus loin. Car, au sortir du confinement, il faudra accélérer la transition écologique au lieu de vouloir retourner au modèle économique d’hier. Dominique Méda et Michaël Zemmour évoquent comment protéger les travailleurs et renforcer notre modèle de protection sociale. Jézabel Couppey-Soubeyran, Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau reviennent sur le rôle de la politique monétaire et de la régulation financière pour gérer le coût de la crise tout en orientant les flux financiers dans le sens souhaitable.

 

Dans cet entretien, Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau donnentun état des lieux des principales menaces que la crise du Covid19 fait planer sur le système bancaire et financier européen. Pour gérer la crise tout en préparant l’avenir, ils proposent l’annulation des dettes détenues par la BCE, avec une conditionnalité écologique…

 

 

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L’annulation de la dette publique détenue par la BCE libérerait les acteurs économiques de la crainte d’une future augmentation d’impôts

Le Monde, 26/05/2020 - Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau La dépression économique dans laquelle les économies de la zone euro sont en train de sombrer promet d’être au moins aussi grave que celle des années 1930. La nécessité de recourir aux dépenses publiques pour y parer ne fait pas débat. Et c’est tant mieux. En revanche, les moyens d’éviter le « mur de la dette » ravivent les passions....

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Le Monde, 26/05/2020 – Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau

https://economix.fr/uploads/source/media/LeMondereponseJPF.pdf

 

La dépression économique dans laquelle les économies de la zone euro sont en train de sombrer promet d’être au moins aussi grave que celle des années 1930. La nécessité de recourir aux dépenses publiques pour y parer ne fait pas débat. Et c’est tant mieux. En revanche, les moyens d’éviter le « mur de la dette » ravivent les passions. Faut-il annuler une partie des dettes ? La Banque centrale européenne (BCE) pourrait-elle faire grâce aux Etats de leur remboursement ? Nous sommes de ceux qui ont porté, dans le débat public, des propositions en ce sens (« Annulation de dette publique : possible juridiquement, nécessaire économiquement », par Nicolas Dufrêne et Alain Grandjean, Alternatives économiques, mai 2020 ; « Des annulations de dettes publiques par la BCE : lançons le débat », par Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau, Terra Nova, 17 avril 2020 ; et « La “monnaie hélicoptère” contre la dépression dans le sillage de la crise sanitaire », par Jézabel Couppey-Soubeyran, Veblen, 17 avril 2020).


« Magie monétaire »


Les réactions que celles-ci suscitent sont révélatrices du trouble que produisent la dette (la faute, Schuld en Allemand) et son rachat (littéralement la « rédemption ») dans la psyché humaine, sur lequel ironisait déjà [l’économiste et sociologue] Max Weber (1864-1920). Révélatrices aussi, plus prosaïquement, du poids de l’inertie. Si faute il y a, elle tient dans le refus d’appliquer des solutions réalistes à la souffrance sociale et à la casse économique en cours. Et ces solutions, contenues dans nos propositions, renvoient à la réalité des mécanismes monétaires et comptables, n’en déplaise à nos pourfendeurs…

 

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Le coronavirus, révélateur des inégalités territoriales françaises

Printemps de l'Economie, 19/05/2020 - Auteure: Nadine Levratto

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Cours du pétrole : des réactions contrastées sur les marchés boursiers, de change et immobiliers

The conversation, 18/05/2020 - Auteurs: Fredj Jawadi, David Bourghelle et Philippe Rozin La crise du Covid-19 a donc provoqué un choc économique simultané d’offre et de demande, générant ainsi une montée d’anxiété sur les marchés d’actifs financiers, alimentée par des signaux ambivalents, voire contradictoires, envoyés par les grands pays producteurs de pétrole...

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The conversation, 18/05/2020 – Auteurs: Fredj Jawadi, David Bourghelle et Philippe Rozin

https://theconversation.com/cours-du-petrole-des-reactions-contrastees-sur-les-marches-boursiers-de-change-et-immobiliers-138730

 

 

La forte volatilité observée sur les marchés ces dernières semaines s’explique notamment par l’instabilité des états émotionnels. Johannes Eisele / AFP

 

La crise du Covid-19 a donc provoqué un choc économique simultané d’offre et de demande, générant ainsi une montée d’anxiété sur les marchés d’actifs financiers, alimentée par des signaux ambivalents, voire contradictoires, envoyés par les grands pays producteurs de pétrole.

 

Les investisseurs ont de plus adopté des comportements spéculatifs et mimétiques, encouragés par l’incertitude croissante et la dynamique erratique des prix des titres que cette dernière a engendrée. Une des manifestations de ces paris spéculatifs a été la multiplication de short selling (ventes de titres dont on anticipe la baisse) sur les contrats à terme (pour lesquels la livraison est prévue à une échéance fixée à l’avance), accélérant encore la chute des prix sur le marché spot.

 

L’importance du marché « papier » du pétrole (par rapport au marché physique), tout comme la possibilité, pour les investisseurs, de prendre des positions sur des Exchange Trading Commodity (véhicules d’investissement basés sur les matières premières), a sans doute accentué la volatilité et contribué à la baisse du WTI, (le West Texas Intermediate, indice de référence dans la fixation du prix du brut aux États-Unis) en territoire négatif, le 20 avril dernier…

 

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Global bond market contagion in times of Covid-19

Econbrowser, 14/05/2020 - Auteurs: Laurent Ferrara et Capucine Nobletz In this post we assess contagion among government bond markets by focusing on the Covid-19 crisis period. Using the approach put forward by Diebold and Yilmaz (2014), we empirically show that the connectedness dramatically increased on international bond markets over the crisis period. More specifically, this global shock seems to discriminate between safe and risky countries, those latter seeing a large increase in sovereign spreads. The Covid-19 global crisis generated a worldwide recession (see previous Econbrowser posts here, here and here), as well as abrupt movements on financial markets. For example, oil prices sharply dropped so that price of the May crude-oil futures contract closed on April 20 at negative $37.63 a barrel (see this Econbrowser post here). On the bond market, the 10-year US government bond yield went down from a level close to 2% end of December 2019 to levels between 0.6%-0.7%, in a flight-to-quality move (see Figure 1)...

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Econbrowser, 14/05/2020 – Auteurs: Laurent Ferrara et Capucine Nobletz

http://econbrowser.com/archives/2020/05/guest-contribution-global-bond-market-contagion-in-times-of-covid-19https://www.youtube.com/watch?v=-ZrB_NSl_iE&feature=youtu.be

 

In this post we assess contagion among government bond markets by focusing on the Covid-19 crisis period. Using the approach put forward by Diebold and Yilmaz (2014), we empirically show that the connectedness dramatically increased on international bond markets over the crisis period. More specifically, this global shock seems to discriminate between safe and risky countries, those latter seeing a large increase in sovereign spreads.

 

The Covid-19 global crisis generated a worldwide recession (see previous Econbrowser posts here,  here and here), as well as abrupt movements on financial markets. For example, oil prices sharply dropped so that price of the May crude-oil futures contract closed on April 20 at negative $37.63 a barrel (see this Econbrowser post here). On the bond market, the 10-year US government bond yield went down from a level close to 2% end of December 2019 to levels between 0.6%-0.7%, in a flight-to-quality move (see Figure 1).

 

Figure 1. 10-year US government bond yield

 

 

Source: Fred database Federal Reserve Bank of St Louis. Last point May 11, 2020.

 

How to assess contagion dynamics on the global bond market?

In order to assess contagion on the global sovereign bond market, let’s consider daily 10-year government bond returns denominated in local currencies for a bunch of industrialized and emerging countries. The countries selected are: Brazil, China, South Africa for emerging economies and the United Kingdom (UK), the United States (USA) and Germany for advanced economies. The study period runs from January 03, 2006, to April 13, 2020, and all data are extracted from Thomson Reuters Datastream. To obtain time series with the same integration order, we use bond returns and not yields.

 

The methodology that we use to compute contagion within this system is the one developed by Diebold and Yilmaz in a series of papers in order to compute connectedness indexes. To this aim, we estimate a VAR (Vectorial AutoRegressive) model and compute the generalized forecast error variance. By decomposing this forecast error variance, we identify for each country the share of variance attributable to the different countries in the system. The “own variance share” is the share of variance due to the country itself (thus measuring the openness of the country). The “cross variance share” or “pairwise spillover” is the share of variance of a given country only due to other countries. Once the covariance matrix is computed, we can measure the total spillover index (‘TSI’), measuring the global connectedness of the system. In addition, we can measure the directional and the net spillover indexes. The directional spillovers are the government yield spillovers transmitted by a country to all other markets (‘TO’) and the government yield spillovers received by a country from all other markets (‘FROM’). The net spillover from a given country to others consists in the difference between the share of variance given to others (‘TO’) and the share of variance received from others (‘FROM’)…

 

 

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Pourquoi certains territoires sont-ils plus touchés ?

Youtube, Podcast CNRS, 05/05/2020 - Auteure: Nadine Levratto #PodcastCNRS ?️ | Et si le #Covid19 était aussi une maladie sociale ? Forte densité de population, inégalités de revenus ou d’accès aux soins… l’épidémie se diffuse en effet davantage dans les régions où les disparités sont les plus fortes, comme l’explique dans ce podcast l’économiste Nadine Levratto pour qui le déconfinement par département relève donc d’une certaine logique.

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Youtube, Podcast CNRS, 05/05/2020 – Auteure: Nadine Levratto

https://www.youtube.com/watch?v=-ZrB_NSl_iE&feature=youtu.be

 

 

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Marchandises : la révolution des circuits courts

France culture, 12/05/2020 - Auteurs: Nadine Levratto, Michel Savy La crise du coronavirus a révélé la fragilité de nos chaînes d'approvisionnements. Mais comment transport est-il devenu la variable d’ajustement des entreprises ? Et peut-on les réorganiser ces chaînes pour les rendre plus résilientes ?...

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France culture, 12/05/2020 – Auteurs: Nadine Levratto, Michel Savy

https://www.franceculture.fr/emissions/entendez-vous-leco/la-logistique-cest-fantastique-24-marchandises-la-revolution-des-circuits-courts

 

 

La crise du coronavirus a révélé la fragilité de nos chaînes d’approvisionnements. Mais comment transport est-il devenu la variable d’ajustement des entreprises ? Et peut-on les réorganiser ces chaînes pour les rendre plus résilientes ?

 

La route, maillon faible de la logistique ?

La route, maillon faible de la logistique ? Crédits : Getty

 

On a beaucoup évoqué depuis le début de l’épidémie ces métiers à forte utilité sociale : aide-soignant, caissier, éboueur… Ces hommes et ces femmes qui ont permis au pays de continuer à vivre malgré le confinement. 

 

Mais, cette reconnaissance un peu tardive semble avoir laissé de côté une catégorie de travailleurs tout aussi indispensable : les transporteurs routiers. La CFDT, premier syndicat du secteur, a organisé une journée de mobilisation début mai. Elle réclame plus de reconnaissance pour ces acteurs de l’ombre, des chauffeurs qui, dans l’hexagone acheminent 90% de nos marchandises…

 

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Faut-il arrêter les dividendes ?

Boursorama, 11/05/2020 - Auteure: Valérie Mignon Alors que le Printemps est la saison des dividendes, le versement de ces derniers fait aujourd'hui l'objet de débats encore plus vifs qu'à l'accoutumée. Pour Valérie Mignon, en France, le débat est plus fort qu'ailleurs pour des raisons culturelles et d'habitudes des Français face à l'investissement et l'épargne. Afin de bien saisir les enjeux, rappelons que le dividende correspond à la part du bénéfice net réalisé par une entreprise distribuée aux actionnaires. Son montant est voté en Assemblée Générale, sur la base des comptes constatés de l'année passée, c'est-à-dire 2019...

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Boursorama, 11/05/2020 – Auteure: Valérie Mignon

https://www.boursorama.com/bourse/actualites/faut-il-arreter-les-dividendes-c8bc75abfa460c9123413c308b36de85

 

 

"La question des dividendes a toujours fait débat en France, beaucoup plus que dans d'autres pays." (Crédits photo : Adobe Stock)

« La question des dividendes a toujours fait débat en France, beaucoup plus que dans d’autres pays. » (Crédits photo : Adobe Stock)

 

Alors que le Printemps est la saison des dividendes, le versement de ces derniers fait aujourd’hui l’objet de débats encore plus vifs qu’à l’accoutumée. Pour Valérie Mignon, en France, le débat est plus fort qu’ailleurs pour des raisons culturelles et d’habitudes des Français face à l’investissement et l’épargne.

 

Afin de bien saisir les enjeux, rappelons que le dividende correspond à la part du bénéfice net réalisé par une entreprise distribuée aux actionnaires. Son montant est voté en Assemblée Générale, sur la base des comptes constatés de l’année passée, c’est-à-dire 2019. 

 

En mars, Bruno Le Maire a appelé les entreprises à suspendre ou réduire les versements de dividendes cette année. Cette décision vise à soutenir l’économie et permettre sa relance face au coup d’arrêt de l’activité provoqué par la pandémie du Covid-19. En renonçant aux dividendes, ce sont des milliards d’euros qui seraient ainsi libérés pour mobiliser du capital et relancer l’investissement dans l’économie réelle afin de faire face à la crise.

 

Le Gouvernement français a annoncé que les entreprises qui verseraient de telles rémunérations ne pourraient bénéficier d’un report de charges sociales ou fiscales, ni de prêt bancaire garanti par l’État. Celles qui ont recours au chômage partiel sont incitées à faire preuve de « bon sens » et à réduire fortement le montant des dividendes versés.

Le secteur bancaire attendu

Ces mesures ne se limitent pas à la France et le secteur bancaire était tout particulièrement attendu pour donner l’exemple ; la Banque centrale européenne ayant en effet demandé aux banques de la zone euro de ne pas rémunérer leurs actionnaires, au moins jusqu’en octobre. Si plusieurs groupes de l’Union se sont immédiatement pliés à cette demande, les banques françaises ont mis un certain temps à rejoindre leurs homologues européennes. C’est désormais chose faite, la majorité des grandes banques et organismes financiers français ayant renoncé à rémunérer leurs actionnaires.

 

S’agissant des autres secteurs, si certains groupes comme Total ou Vivendi ont maintenu leurs dividendes, d’autres comme Carrefour, Michelin ou Veolia ont réduit le montant versé, alors qu’un nombre croissant d’entreprises, en particulier celles fortement impactées par la crise (Accor, Airbus, Dassault Aviation, Bouygues…), procèdent tout à tour à une annulation. 

Une question qui a toujours fait débat

La question des dividendes a toujours fait débat en France, beaucoup plus que dans d’autres pays. L’une des raisons tient au fait qu’une (très) faible minorité de Français détient des actions, contrairement à la population de nombreux autres pays (Etats-Unis, Royaume-Uni, Pays-Bas, etc.) pour qui il s’agit de la principale source d’épargne constituée en vue, notamment, de la retraite. Ainsi, en France, du fait du faible pourcentage de la population concernée par les dividendes, cette question a pris une tournure idéologique.

 

Du côté des entreprises cotées, leur réticence à interrompre leurs dividendes tient au fait que ceux-ci leur permettent d’attirer des actionnaires dont les placements tirent à la hausse leur valeur boursière. En suspendant le versement des dividendes dans un contexte de marchés boursiers baissiers, les entreprises perdent ainsi un levier d’attirer de nouveaux actionnaires. 

 

Malgré ces réticences, il n’en reste pas moins qu’un effort de solidarité apparaît aujourd’hui plus que nécessaire. En renonçant au versement des dividendes, les entreprises pourront ainsi contribuer à relancer l’économie, tout en faisant acte, face au climat d’incertitude très marquée, d’un comportement responsable auquel les futurs actionnaires pourraient aussi être sensibles…

 

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Le coronavirus, révélateur des inégalités territoriales françaises

The Conversation, 28/04/2020 - Auteurs: Mounir Amdaoud, Giuseppe Arcuri, et Nadine Levratto Dès les premiers signes de l’épidémie de Covid-19, les commentateurs ont relevé les différences d’exposition selon les régions en insistant dans un premier temps sur l’apparition du patient zéro, puis sur les mouvements de population. Au-delà de ces aspects ponctuels, la concentration géographique de l’épidémie a amené à regarder du côté des disparités entre les régions françaises. C’est à ce besoin d’une approche socio-économique spatialisée que répond ce texte. En effet, l’emploi du terme clusters, pour décrire les foyers d’infection, et le focus sur le Grand Est, les Hauts-de-France et l’Ile-de-France qui concentrent le plus grand nombre de cas conduisent à se demander de quels mécanismes répond la répartition spatiale de ce virus...

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The Conversation, 28/04/2020 – Auteurs: Mounir Amdaoud, Giuseppe Arcuri, et Nadine Levratto

https://theconversation.com/le-coronavirus-revelateur-des-inegalites-territoriales-francaises-137315

 

 

 

 Ouvriers agricoles à Montesson, dans les Hauts de France le 27 avril 2020. Ludovic MARIN / AFP

 

 

Dès les premiers signes de l’épidémie de Covid-19, les commentateurs ont relevé les différences d’exposition selon les régions en insistant dans un premier temps sur l’apparition du patient zéro, puis sur les mouvements de population. Au-delà de ces aspects ponctuels, la concentration géographique de l’épidémie a amené à regarder du côté des disparités entre les régions françaises. C’est à ce besoin d’une approche socio-économique spatialisée que répond ce texte.

En effet, l’emploi du terme clusters, pour décrire les foyers d’infection, et le focus sur le Grand Est, les Hauts-de-France et l’Ile-de-France qui concentrent le plus grand nombre de cas conduisent à se demander de quels mécanismes répond la répartition spatiale de ce virus.

Certes, les facteurs individuels sont essentiels pour expliquer la probabilité de contracter la maladie et son issue. Cependant, l’importance des facteurs socioéconomiques locaux comme facteur explicatif de l’état de santé des populations et des taux de mortalité est démontrée par la littérature.

Dès le début de l’épidémie, les mouvements des populations aisées des grandes métropoles, notamment Paris, vers leurs résidences secondaires localisées dans les départements de Normandie et de Bretagne et de Vendée ont été pointés comme facteurs de diffusion de l’épidémie.

Plusieurs articles de presse ont également mis l’accent sur la densité comme facteur explicatif des taux élevés de coronavirus, en Ile de France notamment, et sur la situation des hôpitaux publics et de la médecine de ville.

Enfin, plus récemment, le rôle de la pauvreté a été souligné pour expliquer le non-respect du confinement, en Seine Saint-Denis notamment.

Suivant cette logique, nous mobilisons trois grandes familles de variables locales pouvant potentiellement affecter le taux de malades et le taux de mortalité liés au Covid-19 : des déterminants économiques, des déterminants démographiques et des déterminants liés au cadre de vie.

Géographie en temps de Covid-19

La publication en ligne des données sur la répartition géographique du nombre de cas de Covid-19 nécessitant une hospitalisation et du nombre de décès liés à ce virus (ministère des Solidarités et de la Santé) ainsi que celles des décès quotidiens à l’hôpital (Insee) a permis de rapidement dresser le portrait des départements français. Les cartes suivantes rendent compte de l’hétérogénéité spatiale, très tôt décelée par le secteur médical, de la maladie.

 
Figure 1 : Taux d’hospitalisation pour le Covid-19 par département (par décile)
(soit total des nouvelles hospitalisations enregistrées entre la semaine 9 et la semaine 15).
Ministère des Solidarités et de la Santé. Calculs et cartographie des auteurs, Author provided
Figure 2 : Taux de décès dus au Covid-19 en milieu hospitalier par département (par décile) soit nombre de décès reportés entre la semaine 9 et la semaine 15.
Ministère des Solidarités et de la Santé. Calculs et cartographie des auteurs, Author provided
 
Figure 3 : Taux de surmortalité par département au 30 mars 2020 par rapport à la moyenne de 2018 et 2019 (par décile).
Insee ; calculs et cartographie des auteurs, Author provided

 

 

Les départements les plus touchés, quel que soit l’indicateur retenu, sont ceux de la région Grand Est, des Hauts-de-France et de l’Ile-de-France. On note également de plus forts taux d’hospitalisation et de mortalité le long de la vallée du Rhône. En revanche, la moitié ouest du pays, et notamment le quart sud-ouest, apparaît relativement moins touchée par le Covid-19…

 

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À quelles conditions la France peut-elle se réindustrialiser ?

The Conversation, 28/04/2020 - Auteurs: Gilles Crague, Denis Carré et Nadine Levratto Les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire invitent à une prise de distance pour en traiter les causes, anticiper les effets à moyen terme et tracer les contours du nouveau modèle économique qui pourrait en découler. Dès les premiers signes de ralentissement économique en Chine au mois de janvier, les risques que l’interruption des chaînes d’approvisionnement faisaient courir aux entreprises européennes et françaises ont été soulignés, souvent tempérés par le fait que les stocks devaient suffire à passer la crise...

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The Conversation, 28/04/2020 – Auteurs: Gilles Crague, Denis Carré et Nadine Levratto

https://theconversation.com/a-quelles-conditions-la-france-peut-elle-se-reindustrialiser-136628

 

 

 

Une couturière coud des masques dans une atelier de fabrication de l’entreprise Saint James, dans le nord de la France. Damien Meyer / AFP

 

 

Les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire invitent à une prise de distance pour en traiter les causes, anticiper les effets à moyen terme et tracer les contours du nouveau modèle économique qui pourrait en découler.

 

Dès les premiers signes de ralentissement économique en Chine au mois de janvier, les risques que l’interruption des chaînes d’approvisionnement faisaient courir aux entreprises européennes et françaises ont été soulignés, souvent tempérés par le fait que les stocks devaient suffire à passer la crise.

 

Or pour des raisons de sécurité sanitaire, mais surtout car l’approvisionnement ne permettait plus le fonctionnement des établissements, les usines ont fermé tour à tour.

 

La période souligne une nouvelle fois la relative fragilité des entreprises et des marchés vis-à-vis d’une rupture dans les grands flux d’échanges internationaux. Et ce en dépit de l’efficacité de plus en plus marquée des fameuses chaînes d’approvisionnement. D’où l’importance de maîtriser la production de biens et de conserver des moyens de production à proximité des marchés, a fortiori lorsqu’il s’agit de biens stratégiques.

 

Dans ce contexte, deux options de sortie de crise pourront s’esquisser. Maintenir le système existant en optimisant des composantes qui ont montré des signes de faiblesse comme la logistique et les transports, ou engager une transformation industrielle et écologique en dessinant un nouveau système productif.

« Business as usual »

La première possibilité consiste à fonder la reprise sur un rattrapage de la consommation, une sécurisation des flux de transport et des approvisionnements, et une augmentation des modalités de stockage, au moins pour certains biens dont la crise aura révélé le caractère stratégique. Il s’agit là de l’option « business as usual », qui perpétue en l’amendant le modèle d’« avant la crise ». Ce point de vue a été récemment développé par deux experts renommés de l’industrie (sur Telos ou sur The Conversation).

 

Pourtant, au-delà des fragilités que la crise révèle au grand jour, les problèmes qui lui préexistaient n’ont pas moins disparu. Le problème économique associé au déficit commercial manufacturier est croissant depuis le milieu des années 2000 (59 milliards d’euros en 2019 contre 42,5 en 2007), et constitue un problème géopolitique lorsqu’il touche à des biens stratégiques comme les médicaments.

 

L’enjeu écologique par ailleurs se reflète dans une empreinte carbone en pleine explosion du fait d’importations en progression. Entre 2000 et 2008, les émissions de CO2 dites importées uniquement liées au commerce international ont augmenté plus vite que la moyenne des émissions mondiales (+4,3 % par an en moyenne)

Réduire la dépendance française et européenne

Une seconde option pour la sortie de crise consiste à faire de la crise sanitaire une fenêtre d’opportunité pour opérer la transition du modèle économique actuel vers une autre organisation politico-économique…

 

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On brade le pétrole !

The Conversation, 27/04/2020 - Auteure: Valérie Mignon Les prix du pétrole n’en finissent pas d’afficher des records historiques à la baisse, enregistrant une chute de plus de 75 % depuis le début de l’année 2020. Fait inédit, le prix du baril West Texas Intermediate (WTI) – le pétrole brut américain de référence – s’est même aventuré en territoire négatif, clôturant à près de – 40 dollars le 20 avril 2020. Qu’est-ce que cela signifie ? Comment expliquer une telle dynamique ? La plupart des prix étant déterminés par la confrontation de l’offre et de la demande, analysons la situation dans ces deux dimensions afin de comprendre une telle évolution sur le marché pétrolier...

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The Conversation, 27/04/2020 – Auteure: Valérie Mignon

https://theconversation.com/on-brade-le-petrole-137261

 

 

Le 20 avril dernier, les investisseurs étaient prêts à payer pour se débarrasser de leurs contrats. William Potter / Shutterstock

 

Les prix du pétrole n’en finissent pas d’afficher des records historiques à la baisse, enregistrant une chute de plus de 75 % depuis le début de l’année 2020. Fait inédit, le prix du baril West Texas Intermediate (WTI) – le pétrole brut américain de référence – s’est même aventuré en territoire négatif, clôturant à près de – 40 dollars le 20 avril 2020. Qu’est-ce que cela signifie ? Comment expliquer une telle dynamique ?

 

La plupart des prix étant déterminés par la confrontation de l’offre et de la demande, analysons la situation dans ces deux dimensions afin de comprendre une telle évolution sur le marché pétrolier.

Conséquences en cascade

Du côté de la demande, celle-ci est en berne du fait d’une activité économique et de transports – secteur clé pour la consommation de pétrole – quasiment à l’arrêt dans la plupart des pays. La Chine fut la première touchée et son rôle dans la chute des prix du pétrole est primordial. Acteur majeur dans les importations mondiales de brut, la Chine représente en effet près de 15 % de la consommation totale et compte pour 75 % dans la croissance de la demande de pétrole.

 

Le confinement provoqué par la pandémie de coronavirus a commencé par faire tourner l’économie chinoise au ralenti, réduisant drastiquement ses besoins en hydrocarbures et entraînant une chute de ses importations de brut. Les conséquences se sont ensuite enchaînées en cascade.

 

La demande des autres pays asiatiques comme la Corée, l’Inde ou le Japon s’est effondrée, puis ce fut le cas en Europe, aux États-Unis, etc., qui se sont trouvés à leur tour confinés. Au total, le ralentissement économique mondial s’est accompagné d’une chute de la demande de brut, tirant naturellement le prix du baril vers le bas.

 
Évolution du prix du pétrole West Texas Intermediate (WTI) du 1ᵉʳ janvier au 22 avril 2020.
Agence internationale de l’énergie

S’il semble à très court terme impossible, dans la configuration actuelle, de « jouer » sur la demande pour enrayer la chute des prix, l’un des leviers pourrait se trouver du côté de l’offre.

 

Or tel n’est pas le cas. En effet, rappelons que dès le début du mois de mars, les pays de l’OPEP+ – les 13 pays membres de l’OPEP et leurs 10 alliés – ont tenu un sommet durant lequel l’objectif de l’OPEP était de parvenir à un accord de réduction coordonnée de la production afin d’enrayer la chute des prix du brut. Mais celui-ci s’est soldé par un échec, la Russie s’étant opposée à un tel accord. Les tensions géopolitiques se sont alors ravivées, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis menaçant la Russie d’inonder les marchés mondiaux d’or noir à des prix bradés…

 

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Même avec zéro cas, l’Afrique aurait sévèrement souffert du Covid-19

The Conversation, 26/04/2020 - Auteur: Dramane Coulibaly S’il peut être difficile de prévoir à ce stade les conséquences sanitaires qu’aura la pandémie de Covid-19 en Afrique subsaharienne, tout indique que l’économie de la région sera durement affectée. D’une part, les pays de cette zone dépendent largement de l’exportation des matières premières – pétrole, cacao, coton, etc. – qui voient leurs cours baisser avec la chute de la demande mondiale. Selon les données de la CNUCED, la baisse des prix des matières premières est de 37 % en glissement annuel au 25 mars 2020 dans leur globalité. Elle est de 55 % pour les hydrocarbures ; le cours du cacao subit une baisse de 11 %, celui du coton de quasiment 23 %. Des développements plus récents semblent accentuer cette tendance à la baisse...

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The Conversation, 26/04/2020 – Auteur: Dramane Coulibaly

https://theconversation.com/meme-avec-zero-cas-lafrique-aurait-severement-souffert-du-covid-19-136740?utm_medium=email&utm_campaign=…

 

 

 

Un pêcheur décharge du poisson destiné à l’exportation sur les quais de pêche de Hann – Bel Air à Dakar le 3 avril 2020.

Dans ce port d’habitude très actif, c’est désormais un bateau par jour en moyenne qui vient décharger le poisson.

L’épidémie a entraîné un effondrement des exportations, ce qui a ralenti la pêche et réduit le nombre de bateaux. John Wessels/AFP

 

 

S’il peut être difficile de prévoir à ce stade les conséquences sanitaires qu’aura la pandémie de Covid-19 en Afrique subsaharienne, tout indique que l’économie de la région sera durement affectée. D’une part, les pays de cette zone dépendent largement de l’exportation des matières premières – pétrole, cacao, coton, etc. – qui voient leurs cours baisser avec la chute de la demande mondiale. Selon les données de la CNUCED, la baisse des prix des matières premières est de 37 % en glissement annuel au 25 mars 2020 dans leur globalité. Elle est de 55 % pour les hydrocarbures ; le cours du cacao subit une baisse de 11 %, celui du coton de quasiment 23 %. Des développements plus récents semblent accentuer cette tendance à la baisse.

 

D’autre part, les pays africains sont importateurs des denrées de première nécessité dont les chaînes d’approvisionnement sont très perturbées. La baisse du volume des exportations associée à la détérioration des termes de l’échange conduiront donc à un problème de soutenabilité des comptes extérieurs de ces pays.

 

En plus de cette transmission via les échanges commerciaux, un grand nombre de pays africains dépendent des transferts des migrants qui constituent pour eux une source majeure de financement externe. Ils seront vraisemblablement affectés par la baisse de ces flux due à la perturbation de l’activité économique dans les pays développés. Enfin, n’oublions pas que certains pays africains, dont le tourisme occupe une part importante dans l’économie, sont déjà pénalisés avec le coup d’arrêt des vols commerciaux…

 

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Coronavirus : « Les départements les plus inégalitaires sont les plus touchés par la maladie »

Le courrier des maires, 21/04/2020 - Auteure: Nadine Levratto Au-delà des facteurs de santé individuels bien identifiés (obésité, diabète, comorbidités, etc.), une étude publiée par le CNRS et l’Université Paris Nanterre apporte une lecture territoriale de l’épidémie de Covid-19. L’influence de certains déterminants socio-économiques dans la propagation de la maladie, et la surmortalité qu’elle entraîne apparaissent clairement. Et les départements les plus denses, les plus inégalitaires et dont le maillage médical est le plus lâche, sont ceux qui ont été le plus touchés par le coronavirus. Entretien avec Nadine Levratto, co-auteure de l’étude...

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Le courrier des maires, 21/04/2020 – Auteure: Nadine Levratto

http://www.courrierdesmaires.fr/87235/coronavirus-les-departements-les-plus-inegalitaires-sont-les-plus-touches-par-la-maladie/

 

Au-delà des facteurs de santé individuels bien identifiés (obésité, diabète, comorbidités, etc.), une étude publiée par le CNRS et l’Université Paris Nanterre apporte une lecture territoriale de l’épidémie de Covid-19. L’influence de certains déterminants socio-économiques dans la propagation de la maladie, et la surmortalité qu’elle entraîne apparaissent clairement. Et les départements les plus denses, les plus inégalitaires et dont le maillage médical est le plus lâche, sont ceux qui ont été le plus touchés par le coronavirus. Entretien avec Nadine Levratto, co-auteure de l’étude.

 

Nadine Levratto est directrice de recherches au CNRS et directrice d’EconomiX, laboratoire de recherche de l’Université Paris Nanterre et du CNRS (UMR 7235) en sciences économiques. L’étude a été menée en commun avec deux autres chercheurs, Giuseppe Arcuri et Mounir Amdaoud.

 

Courrier des maires : Pourquoi était-il important selon vous de proposer une lecture territoriale de l’épidémie ? Et pourquoi avoir choisi la maille départementale ?

 

Nadine Levratto : Car c’est exactement ce qui est fait entre pays ! Quand on essaie d’expliquer pourquoi il y a moins de décès en Allemagne, ce qui est toujours mis en avant, c’est le fait que les hôpitaux allemands possèdent un grand nombre de lits en réanimation. C’est donc ici la question des politiques de santé publique qui est analysée. Quand on regarde en Espagne, qui a connu à l’inverse beaucoup de décès, on dit « il y a eu beaucoup de compressions budgétaires, il y a un phénomène …

 

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Annulation des dettes souveraines par la BCE : soyons iconoclastes !

Alternatives Economiques, 21/04/2020 - Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau Très endettés au sortir de la crise, les Etats européens auront du mal à financer la transition écologique. Une annulation de leur dette auprès de la BCE à proportion de leurs investissements verts est une piste à creuser, plaident les économistes Baptiste Bridonneau Laurence Scialom. L’iconoclaste, au sens premier du terme, désignait dans l’empire byzantin des personnes qui, s’opposant à l’adoration des images saintes, les détruisaient. Par extension, l’usage contemporain du terme désigne la transgression des interdits, des croyances et du dogme. Il y a quelques mois et même quelques semaines, proposer que la Banque centrale européenne (BCE) puisse annuler une partie des dettes publiques qu’elle détient paraissait totalement iconoclaste dans les deux sens du terme, tant les questions relatives à la monnaie semblent parfois relever de la croyance religieuse et tant le dogme de la non-monétisation des déficits par la banque centrale était ancrée...

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Alternatives Economiques, 21/04/2020 – Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau

https://economix.fr/uploads/source/media/TRIBUNEaletrecoBridonneau-Scialom.pdf

 

Très endettés au sortir de la crise, les Etats européens auront du mal à financer la transition écologique. Une annulation de leur dette auprès de la BCE à proportion de leurs investissements verts est une piste à creuser, plaident les économistes Baptiste Bridonneau Laurence Scialom.

 

L’iconoclaste, au sens premier du terme, désignait dans l’empire byzantin des personnes qui, s’opposant à l’adoration des images saintes, les détruisaient. Par extension, l’usage contemporain du terme désigne la transgression des interdits, des croyances et du dogme.

 

Il y a quelques mois et même quelques semaines, proposer que la Banque centrale européenne (BCE) puisse annuler une partie des dettes publiques qu’elle détient paraissait totalement iconoclaste dans les deux sens du terme, tant les questions relatives à la monnaie semblent parfois relever de la croyance religieuse et tant le dogme de la non-monétisation des déficits par la banque centrale était ancrée. 

Pourquoi annuler les créances de la BCE ?

 Mais la crise sanitaire du Covid-19 et la mise au ralenti des économies partout dans le monde pour maîtriser la pandémie redistribue les cartes. La prise de conscience de l’Everest de dettes publiques qui accompagnera la sortie de crise ébranle les convictions et fissure les tabous. Si Christine Lagarde a écarté l’idée d’annulation globale par la BCE des dettes contractées par les Etats de la zone euro jeudi 9 avril sur France Inter, la question s’immisce dans le débat public. C’est heureux !

 

D’autant plus qu’une fois le combat contre le coronavirus gagné, il restera à engager vraiment et sans tarder la bataille contre le réchauffement climatique. Ce qui implique des investissements massifs dans la reconversion écologique de nos économies et donc de dégager des marges de manoeuvre budgétaires. D’où l’intérêt de la proposition que nous portons d’annulation partielle des dettes publiques détenues par la BCE, conditionnelle au réinvestissement des mêmes montants dans des investissements publics « verts », par nouvel émission de dette.

 

En d’autres termes, les Etats pourraient financer les investissements de la transition écologique en s’endettant, sans que le ratio dette/PIB n’augmente. Tout nouvel endettement en vue d’investissements bas carbone coïnciderait avec l’annulation d’un volume de dette de même ampleur par la BCE. Ce mécanisme de conditionnalité orienterait de facto le plan de sortie de crise vers la transition écologique. Une proposition efficace économiquement et réalisable juridiquement.

 

Certaines voix commencent à se faire entendre pour un financement monétaire de la dette par achat des titres publics par la BCE directement sur le marché primaire, puis la transformation de ces titres en dette perpétuelle, à taux nul.

 

Si la philosophie de cette proposition semble proche de la nôtre, elle se heurte à l’obstacle juridique de l’article 123 du Traité de fonctionnement de l’Union européenne (TFUE) qui « interdit à la Banque centrale européenne […] d’accorder des découverts ou tout autre type de crédit aux institutions […] des Etats membres » et d’acquérir « auprès d’eux […] des instruments de leur dette ». Or, a contrario, les annulations de dette ne sont pas des « crédits » stricto sensu

Un plan de relance et de transition

Que la dette publique soit émise par les Etats, ou mutualisée entre les Etats membres via des Coronabonds, le risque demeure qu’une fois la crise passée nos gouvernants européens cherchent à tout prix à se désendetter. Une telle manoeuvre obérera le financement de la transition et l’investissement dans les services publics, dont on se rend compte aujourd’hui de l’absolue nécessité.

 

Notre proposition permet d’écarter ce risque, puisqu’elle incite les Etats à s’endetter pour investir en échange d’annulations de dette. Par là même, elle annihile l’argument de « l’équivalence ricardienne », qui veut que les agents baissent leurs dépenses privées dans le présent en prévoyant une hausse future des impôts comme conséquence de la montée des dépenses.

 

Avec des annulations de dette, la hausse des dépenses publiques n’est plus compensée par une baisse des dépenses privées, puisque les agents n’épargnent plus en vue de taxes futures supplémentaires.

 

Cette création monétaire permettrait des dépenses qui dopent à la fois l’offre et la demande. Elle accompagnerait la reconversion écologique de nos économies, soutiendrait l’emploi – notamment si les investissements sont ciblés sur des projets à forte intensité en main-d’oeuvre, comme la rénovation énergétique des bâtiments. Elle pourrait aussi financer un vaste plan de formation aux métiers de la transition écologique.

 

Une discussion pourrait aussi s’engager sur le fait qu’elle aide à l’échouage des actifs liés aux entreprises polluantes. Les Etats vont être amenés, pour éviter la casse sociale, à recapitaliser des entreprises qui, si la transition écologique se fait, vont devoir très fortement réduire la voilure. Ces recapitalisations dans les secteurs carbonés devraient être conditionnelles à l’accélération de leur conversion écologique.

 

Certes, cela générera des pertes pour l’Etat actionnaire, mais c’est aussi cela la reconversion écologique d’une économie : investir dans le « vert » ET organiser l’échouage des secteurs « bruns ». 

Pas de risque inflationniste

 

Certains craignent que les annulations de dette publique par la BCE alimentent l’inflation.

 

Précisons qu’il ne s’agit pas d’injecter davantage de monnaie, mais d’empêcher que celle qui a déjà été créée lors de l’achat des titres publics sur le marché secondaire par la BCE soit détruite au moment du remboursement des titres arrivés à échéance. En ce sens, la métaphore de la planche à billets est inadaptée : l’argent a déjà été créé.

 

Par ailleurs, la crainte de l’inflation dans le contexte actuel est étrange, alors même que la BCE ne parvient pas depuis plusieurs années à atteindre sa cible (une hausse des prix inférieure mais proche de 2 %, NDLR). Le risque de déflation est bien plus dangereux, notamment quand les bilans privés et publics sont plombés par une dette que les tensions déflationnistes accroissent.

 

L’inflation n’est pas un mal en soi, elle ne le devient que dès lors qu’elle est incontrôlée et génère des effets mal maîtrisés sur la répartition des revenus. Nous en sommes loin !..

 

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Covid-19 : analyse spatiale de l’influence des facteurs socio-économiques sur la prévalence et les conséquences de l’épidémie dans les départements français

EconomiX, CNRS, Université Paris Nanterre, 18/04/2020 - Auteurs: Mounir Amdaoud, Giuseppe Arcuri, Nadine Levratto Cet article s’intéresse aux déterminants socio-économiques des hospitalisations et des taux de décès liés à la Covid-19 entre les semaines 9 et 15 d’une part et à la surmortalité observée cette année par rapport aux précédentes, d’autre part. Il propose une approche territoriale de ces questions grâce au recours à des données calculées au niveau des départements français, publiées par Santé France et l’INSEE. L’analyse spatiale exploratoire réalisée révèle d’abord l’hétérogénéité et l’autocorrélation spatiale de la maladie et de ses conséquences. Le recours à des modèles d’économétrie spatiale permet ensuite de mettre en évidence l’influence de la densité démographique, des inégalités sociales, de la part des ouvriers dans la population active et des services d’urgence sur les phénomènes étudiés. Enfin, nous rendons également compte du rôle des effets de débordements entre départements situés à proximité les uns des autres. Ces derniers interviennent davantage dans la diffusion des cas et décès liés à la Covid-19 que dans la surmortalité...

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EconomiX, CNRS, Université Paris Nanterre, 18/04/2020 – Auteurs: Mounir Amdaoud, Giuseppe Arcuri, Nadine Levratto

https://economix.fr/uploads/source/media/MA_GA_NL-Covid19_2020-04-18.pdf

 

Résumé : Cet article s’intéresse aux déterminants socio-économiques des hospitalisations et des taux de décès liés à la Covid-19 entre les semaines 9 et 15 d’une part et à la surmortalité observée cette année par rapport aux précédentes, d’autre part. Il propose une approche territoriale de ces questions grâce au recours à des données calculées au niveau des départements français, publiées par Santé France et l’INSEE. L’analyse spatiale exploratoire réalisée révèle d’abord l’hétérogénéité et l’autocorrélation spatiale de la maladie et de ses conséquences. Le recours à des modèles d’économétrie spatiale permet ensuite de mettre en évidence l’influence de la densité démographique, des inégalités sociales, de la part des ouvriers dans la population active et des services d’urgence sur les phénomènes étudiés. Enfin, nous rendons également compte du rôle des effets de débordements entre départements situés à proximité les uns des autres. Ces derniers interviennent davantage dans la diffusion des cas et décès liés à la Covid-19 que dans la surmortalité.

 

1. Introduction


L’apparition, la diffusion et le nombre de décès liés à la Covid-19 en France à partir de la fin du mois de février 2020 a suscité de nombreux commentaires tenant d’abord à leur nombre, au taux de croissance et aux classes d’âge les plus concernées. Très rapidement une autre dimension, régionale, cette fois a été soulignée. L’emploi du terme clusters, pour décrire les foyers d’infection, et le focus sur le Grand Est, les Hauts-de-France et l’Ile-de-France qui concentrent le plus grand nombre de cas conduisent à se demander de quels mécanismes répond la répartition spatiale de ce virus.


Les facteurs individuels sont évidemment essentiels pour expliquer la probabilité de contracter la maladie et son issue. Cependant, l’importance des facteurs socioéconomiques locaux comme facteur explicatif de l’état de santé des populations et des taux de mortalité est démontrée par la littérature (voir la revue de littérature de Cambois et Jusot, 2007). Elle est également prise en considération par les Etats comme le rappellent les Objectifs du millénaire pour le développement adoptés en 2000. Ces derniers reposent sur l’idée que la lutte contre la pauvreté, à côté de l’amélioration de la médecine et des systèmes de santé, a des conséquences sur la mortalité, maternelle et infantile notamment. La relation entre la situation économique et sociale et la santé est confirmée pour les pays en développement et les pays développés (Link et Phelan, 1995), dont la France (Ghosn et al., 2012).


Cet article s’intéresse à la répartition spatiale du nombre de cas de Covid-19 nécessitant une hospitalisation et du nombre de décès liés à ce virus recensés dans les départements français. Les données utilisées proviennent de l’INSEE et du ministère de la santé. Les premières analyses à ce sujet ont mis en évidence une forte hétérogénéité spatiale dans répartition du nombre d’individus concernés entre les différents départements de France métropolitaine. C’est pourquoi nous proposons de tester économétriquement l’influence des facteurs socioéconomiques locaux susceptibles d’expliquer la prévalence et la mortalité liée à la maladie et d’analyser le poids respectif des caractéristiques démographiques, des niveaux et de la répartition des revenus et des conditions de vie. Dans la mesure où l’épidémie s’est diffusée sur une partie du territoire et que sa propagation a fait l’objet d’une attention considérable de la part des autorités publiques, nous cherchons également à mettre en évidence la structure géographique des données. Pour ce faire, nous recourons à des techniques d’analyse spatiale permettant de repérer les groupes de départements particulièrement touchés ou épargnés.


L’objectif de cette recherche est donc de contribuer à la compréhension des vecteurs de propagation de l’épidémie et d’en souligner la dimension socio-économique. Elle s’inscrit dans le champ de la géographie de la santé qui a émergé dans les années 1970 et a connu un profond renouvellement dans les années 1990 sous l’influence de travaux de recherche nombreux et variés des domaines de l’épidémiologie, des sciences de l’environnement, des sciences sociales, de la santé publique ou du management des services dans le but de rendre compte des disparités spatiales en matière d’accès aux soins, d’exposition aux maladies et de morbidité (Rosenberg, 1998 ; Curtis, 2004 ; Prior et al. 2018). Cette recherche complète aussi celles entreprises par les épidémiologistes qui pointent les facteurs individuels tels sur l’âge, l’indice de masse corporelle ou l’état de santé des personnes touchées par la Covid-19 (Onder, Resa et Brusaferro, 2020 ; Wu et McGoogan, 2020 ; Diez et Santos‐Burgoa, 2020) comme le recense la base de données Worldometer 1.


La prise en considération d’éléments de contexte dans l’analyse d’une question liée à la santé est nécessaire à plusieurs niveaux. Tout d’abord, parce que les différences d’un territoire à l’autre en matière de santé ou de maladie sont de plus en plus souvent pointées par la littérature et que leur omission conduirait à une compréhension partielle des phénomènes étudiés comme le soulignent Geronimus et al. (1999) ou, plus récemment et à propos de la Covid-19 en Italie, Bayer et Kuhn (2020). Ces derniers envisagent ainsi que les structures familiales et la présence au sein d’un même logement de familles comptant plusieurs générations diffèrent selon les régions et expliquerait ainsi les écarts géographiques observés. Ensuite, car la responsabilité des différents types de caractéristiques d’un territoire peuvent jouer différemment selon le type d’affection. Ainsi, une importante littérature pointe la responsabilité de la pauvreté dans la prévalence du choléra comme l’ont montré Talavera et Perez (2009) dans une comparaison internationale réalisées à partir de données de la Banque Mondiale ou Olson et al. (2012) pour la tuberculose. La qualité du système de santé peut également expliquer les écarts entre régions (Scott et Coote, 2007) comme c’est par exemple le cas pour le diabète (Scott et al. 2009). Enfin, la démographie intervient comme un facteur de différenciation spatiale en matière de santé et, à ce titre, fait l’objet de fréquentes analyses pour expliquer les écarts internationaux (Hu et Goldman, 1990) et régionaux (Frohlich et Mustard, 1996). La troisième raison qui légitime une approche socio-économique à l’échelle géographique de la Covid-19, est l’organisation du système de santé. A partir de l’entrée en vigueur de la loi relative à la politique de santé publique en 2004, l’échelon local est devenu le niveau pertinent en matière de santé publique. La loi portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST), du 21 juillet 2009, a créé les Agences régionales de santé (ARS) dans un souci de gestion de la politique de santé au plus près du terrain et a introduit la notion de Contrat local de santé (CLS) afin d’articuler les politiques régionales de santé, l’action des collectivités territoriales et des autres acteurs locaux autour d’un diagnostic partagé. De même, le territoire est présent dans la réorganisation hospitalière avec la création des Groupements hospitaliers de territoires (GHT)…

 

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La BCE devrait annuler la dette des Etats

Médiapart, 17/04/2020 - Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau L’économiste Laurence Scialom, professeur à l’université Paris-Nanterre, et Baptiste Bridonneau, doctorant, défendent la proposition d’une annulation pure et simple des dettes souveraines détenues par la Banque centrale européenne. Objectif : aider à passer la crise du Covid-19 et financer la transition écologique. Les premières prévisions ne laissent aucune illusion : la pandémie de Covid-19 est en train de provoquer une crise sanitaire, sociale et économique d’une ampleur inédite. « L’économie mondiale risque de connaître cette année sa pire récession depuis la Grande Dépression », prévient le FMI...

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Médiapart, 17/04/2020 – Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau

https://economix.fr/uploads/source/media/Mediapartarticle_873918.pdf

 

L’économiste Laurence Scialom, professeur à l’université Paris-Nanterre, et Baptiste Bridonneau, doctorant, défendent la proposition d’une annulation pure et simple des dettes souveraines détenues par la Banque centrale européenne. Objectif : aider à passer la crise du Covid-19 et financer la transition écologique.

 

Les premières prévisions ne laissent aucune illusion : la pandémie de Covid-19 est en train de provoquer une crise sanitaire, sociale et économique d’une ampleur inédite. « L’économie mondiale risque de connaître cette année sa pire récession depuis la Grande Dépression », prévient le FMI.

 

Alors qu’ils avaient été priés de se tenir à l’écart, les États apparaissent désormais comme le recours pour essayer d’endiguer les effets de cette crise. Confrontés à l’arrêt de leur économie, à un double choc de l’offre et de la demande, ceux-ci dépensent sans compter. Toutes les normes, les règles ont explosé. Les milliards volent. Mais, derrière, des montagnes de dettes publiques sont en train de s’ériger.

 

Comment faire face par la suite à cet endettement qui risque de provoquer de nouvelles crises de dettes souveraines ?

Pas question de renouer avec les politiques d’austérité qui se sont révélées mortifères pour la zone euro, comme le révèle la faillite des systèmes publics hospitaliers et de santé en Europe du Sud, plaident de plus en plus d’économistes et de responsables politiques.


Et si la solution venait de la Banque centrale européenne (BCE) ? Et si celle-ci acceptait d’annuler la dette des États qu’elle a rachetée dans le cadre de sa politique de soutien à la zone euro depuis 2015, afin de redonner aux États des marges de manoeuvre et de les aider à financer la transition écologique, indispensable pour le monde d’après ? C’est cette proposition de « rupture » que Laurence Scialom, professeure d’économie à l’université Paris-Nanterre, et Baptiste Bridonneau, doctorant à Paris-Nanterre, ont avancée dans une note publiée par Terra Nova.
Entretien.

 

Cette crise sanitaire et économique est en train de bouleverser tous les repères, toutes les règles jusque-là admises. Que vous inspirent ces changements ?

 

Laurence Scialom : On sentait avant la crise du Covid qu’un certain nombre de choses bougeaient et que bien des convictions sur notre modèle de développement s’ébranlaient. Pour autant, il faut rester prudent. Lors de la crise de 2007-2008, on a eu ce discours-là : rien ne serait plus jamais pareil !


Cependant, aujourd’hui, la prise de conscience des vulnérabilités de nos économies me semble plus forte, car la crise n’est pas purement financière mais est partie de l’économie réelle. Elle donne plus d’acuité à des débats qui animaient déjà la société, comme la nécessité de transformer profondément nos modes de production et de consommation face à l’urgence climatique ou l’impératif de lutter contre les inégalités. Cette crise réactive aussi les forces centrifuges en Europe, car les pays les plus touchés par la crise sanitaire sont aussi les plus fragiles économiquement et en termes d’endettement public.

 

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Cette accumulation d’événements fait système. Le néolibéralisme a conduit à une mondialisation à outrance qui non seulement crée des ruptures d’approvisionnement de produits stratégiques (masques ou médicaments), qui nous pénalisent dans la lutte sanitaire, mais a également contribué à accélérer la crise écologique, dont les effets sont énormes et perceptibles par chacun : sécheresses à répétition, incendies gigantesques en Australie ou en Amazonie, fonte des glaciers, réchauffement des océans, perte de biodiversité, etc.


Cette accumulation de faits, qui peuvent paraître disjoints, ce sont autant de signaux qui nourrissent le sentiment diffus que l’on est arrivés au bout des contradictions d’une organisation économique destructrice des conditions de la vie humaine et de la planète. Cette crise du Covid est peut-être le point de bascule. En tout cas, j’ai espoir que cette fois on n’en reste pas au niveau du discours, parce qu’il y a une prise de conscience de l’urgence. Que ce soit sur la fiscalité des multinationales, l’évasion fiscale, la fiscalité sur le patrimoine…, on ne peut plus nous servir le même discours. Ce n’est plus audible.

 

Aujourd’hui, ceux qui sont « au front », pour reprendre les termes du président (infirmiers, personnels dans les Ehpad, caissiers, livreurs, etc.), ceux qui assurent notre vie dans ses aspects les plus vitaux, ce ne sont pas les premiers de cordée mais ceux que le système néolibéral a « invisibilisés ». Ces salariés, qui ont été les plus pénalisés par le néolibéralisme et par le nouveau management public qui en est la traduction dans la sphère de la gestion des affaires publiques, sont ceux qui se révèlent être les rouages indispensables de l’économie. C’est donc le moment de pousser de nouvelles idées. Les sociétés sont peut-être mûres pour l’entendre et les dirigeants aussi, s’ils comprennent que c’est leur intérêt de l’entendre.

 

Vous venez de publier chez Terra Nova une note qui reprend vos travaux, proposant l’annulation des dettes des États de la zone euro par la Banque centrale européenne (BCE), afin de leur redonner des marges de manoeuvre. Comment en êtes-vous arrivés à cette réflexion ? Quel pourrait être le processus ?

 

Baptiste Bridonneau : L’idée est venue du constat que les niveaux de dette publique sont tellement importants qu’ils deviennent plus que problématiques et contraignent les investissements pour l’avenir. D’où l’idée de travailler sur les questions de restructuration de dette publique. L’histoire nous offre beaucoup d’exemples, en Amérique latine dans les années 1980-1990, ou en 2001 en Argentine. Puis est arrivée la Grèce. Voir un pays européen restructurer sa dette, et dans de telles proportions, n’était pas imaginable dans ces dernières décennies. Malheureusement, les restructurations, avec leur impact désordonné sur le système bancaire, peuvent engendrer plus de problèmes qu’elles n’en résolvent.

 

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Il se trouve que la BCE prête aussi aux États en rachetant leur dette. Cela permet de faire baisser les taux d’emprunts souverains. La BCE rétrocède désormais les intérêts aux États, mais les États doivent toujours rembourser à la BCE le principal de leur dette ! Que se passerait-il si la BCE renonçait à l’argent que les États lui doivent et leur disait de l’utiliser pour investir ? Cela permettrait de répondre à un double problème. À la fois, il faut financer les services publics et la transition écologique. Et en plus, cela répondrait à l’atonie économique : le seul moyen pour faire repartir l’économie est de jouer sur la demande publique, puisque la demande privée est affaiblie.

 

La politique monétaire a des difficultés monstres à relancer la demande, alors que la borne des taux zéro est franchie et qu’il est difficile de faire baisser les taux réels. On a des récessions de bilan car les entreprises veulent se désendetter dans beaucoup de pays européens. Alors si l’État s’y met aussi…
Face à la trappe dans laquelle se trouve la politique monétaire, la dépense publique est nécessaire, et c’est une bonne chose, tant on a besoin d’investir dans certains secteurs. Cela permettrait de répondre à la fois à un problème économique et à un problème écologique et social…

 

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Des annulations de dette publique par la BCE : lançons le débat

Terra Nova, 18/04/2020 - Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau Dans une précédente note,nous avions avancé quelques propositions pour que la gestion de la crise sanitaire n’enterre pas l’impératif de reconversion écologique de nos économies, que l’urgence de court-terme n’anéantisse pas la volonté de préserver une planète vivable pour l’espèce humaine à plus long terme. L’une des mesures envisagées, l’annulation de dettes publiques par la BCE, conditionnée à des investissements dans la transition écologique, peut paraître iconoclaste tant les questions relatives à la monnaie semblent parfois relever de la croyance religieuse, et tant le dogme de la non-monétisation des déficits publics par la banque centrale est ancré...

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Terra Nova, 18/04/2020 – Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau

http://tnova.fr/system/contents/files/000/001/982/original/Terra-Nova_Cycle-Covid19_Des-annulations-de-dettes-par-la-bce_170420—.pdf?1587132547

 

Dans une précédente note,nous avions avancé quelques propositions pour que la gestion de la crise sanitaire n’enterre pas l’impératif de reconversion écologique de nos économies, que l’urgence de court-terme n’anéantisse pas la volonté de préserver une planète vivable pour l’espèce humaine à plus long terme. L’une des mesures envisagées, l’annulation de dettes publiques par la BCE, conditionnée à des investissements dans la transition écologique, peut paraître iconoclaste tant les questions relatives à la monnaie semblent parfois relever de la croyance religieuse, et tant le dogme de la non-monétisation des déficits publics par la banque centrale est ancré.

 

Cette note propose de montrer que non seulement cette proposition est efficace économiquement, mais qu’elle est réalisable juridiquement et pallie les carences institutionnelles de la zone euro, c’est-à-dire à l’absence de budget fédéral. Par ailleurs, la conditionnalité liée à la conversion écologique des économies pourrait même redonner un souffle au projet européen, actuellement miné par les blocages au niveau intergouvernemental, quant au niveau de solidarité requis face aux conséquences financières de la crise sanitaire.

 

Pour les citoyens européens, le projet écologique transcende les frontières et permet de reprendre la main sur un futur commun. La conditionnalité proposée appuie le projet de lutte contre le réchauffement climatique, annoncé comme une priorité de la nouvelle Commission.

 

QUELQUES ELEMENTS DE CONTEXTE

 

L’impact de la crise sanitaire du COVID-19 sur les finances publiques de nombreux pays européens sera colossal. En effet, ces États font face à une croissance considérable de leurs dépenses, pour maintenir l’appareil productif et les entreprises en état de reprendre l’activité quand le déconfinement le permettra, et pour compenser partiellement les pertes de revenus des travailleurs contraints au chômage technique. Simultanément, les recettes publiques s’affaissent avec les revenus et la consommation, et du fait d’annulation ou de report de charges. L’ensemble de ces phénomènes risque de perdurer après le confinement, car l’activité ne repartira pas au même rythme dans tous les secteurs, et certaines entreprises seront contraintes de déposer le bilan.

 

Les États peuvent survivre avec des niveaux de dette/PIB très élevés, à l’instar du Japon, tant qu’ils préservent leurs capacités de production et leur capacité à lever l’impôt, pour honorer les charges de leur dette. Cependant, ils restent dépendants de la volonté des créanciers privés de renouveler ou d’accroître leur endettement. Si les marchés financiers doutent de la capacité des États à « rouler » leur dette dans le futur, ils peuvent accroître les primes de risque ou cesser de les financer immédiatement. L’augmentation des taux d’emprunt ou les arrêts brutaux de capitaux conduisent, par prophétie autoréalisatrice, les États vers le défaut et la restructuration de dette. Face à ce risque, la BCE a eu raison de rappeler qu’elle avait une force de frappe illimitée, et qu’un envol des taux d’emprunt et/ou un arrêt brutal des financements seraient d’autant plus déraisonnables qu’elle se dit prête à racheter en dernier ressort autant de titres publics que nécessaire.

 

Cependant, si la spéculation sur les titres de dette souveraine et les arrêts de financement sont contenus, de hauts niveaux de dette/PIB demeurent un problème majeur en ce qu’ils obèrent durablement les marges de manoeuvre budgétaire futures.

Ce constat est préoccupant à deux égards : depuis de nombreuses années déjà, la politique monétaire, même dans ses formes non-conventionnelles, ne parvient pas à stimuler la dépense privée, et nécessite un soutien par la dépense publique.

Attendu que le soutien des États européens à la demande globale était déjà excessivement faible avant la crise du COVID-19, alors que de nombreuses études montrent que les multiplicateurs budgétaires sont élevés[1], on peut craindre qu’il ne le soit davantage au sortir de la crise, puisque les ratios dette/PIB auront fortement augmenté. En outre, l’investissement public est d’autant plus nécessaire que certains financements, dans la transition écologique ou dans les services publics, comme l’actualité dans les hôpitaux le prouve, se font plus que jamais ressentir.

 

C’est donc en réponse à ce contexte macroéconomique et écologique que nous proposons que la BCE annule des titres de dette publique détenue à son actif, pour éviter que l’accroissement du ratio dette/PIB n’obère le soutien de l’État à l’économie face à la crise, ainsi que le financement d’investissements d’avenir absolument nécessaires. Mieux encore, nous proposons que la BCE conditionne ces annulations de dette publique à la réalisation, par endettement, de ces investissements cruciaux pour l’avenir.

 

Des annulations de dette publique de la part de la BCE semblaient, il y a peu de temps, impossibles ; elles deviennent envisageables aujourd’hui. Trouver des solutions de sortie de crise nécessite de trouver des idées suffisamment innovantes pour infléchir de manière radicale les pratiques existantes. Si nous proposons que la BCE se meuve ainsi en entrepreneur politique, il ne s’agit pas non plus de mettre en oeuvre des bricolages, imposés par les circonstances, mais de profiter de cette crise pour repenser plus profondément le rôle de l’État dans l’économie, et de proposer des solutions porteuses d’une vision pour l’avenir.

 

Nous nous proposons donc de montrer pourquoi des annulations de dette publique de la part de la BCE nous semblent une solution économique bénéfique et porteuse d’une vision, ainsi qu’une solution politique envisageable.

 

UNE SOLUTION ECONOMIQUE BENEFIQUE

 

Depuis 2015, la BCE[2] mène une politique d’achat massif de dette publique sur le marché secondaire au titre de sa politique monétaire non-conventionnelle…

 

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Coronavirus : « La solidarité à l’échelle internationale sera indispensable aux pays pauvres »

Le Monde, 26/03/2020 - Auteurs: Gilles Dufrénot et Fredj Jawadi La pandémie de Covid-19 et les mesures de confinement adoptées par un grand nombre de pays soulèvent déjà des inquiétudes quant aux effets négatifs attendus sur les économies, aux crises financières possibles et au ralentissement de la mondialisation. Il s’agit là d’inquiétudes – légitimes – de pays riches. Car ce que met également à nu cette crise sanitaire, c’est le terrible dilemme auquel seront bientôt confrontés les pays pauvres de la planète...

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Le Monde, 26/03/2020 – Auteurs: Gilles Dufrénot et Fredj Jawadi

https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/03/26/coronavirus-la-solidarite-a-l-echelle-internationale-sera-indispensable-aux-pays-pauvres_6034462_3232.html

 

Tribune. La pandémie de Covid-19 et les mesures de confinement adoptées par un grand nombre de pays soulèvent déjà des inquiétudes quant aux effets négatifs attendus sur les économies, aux crises financières possibles et au ralentissement de la mondialisation. Il s’agit là d’inquiétudes – légitimes – de pays riches. Car ce que met également à nu cette crise sanitaire, c’est le terrible dilemme auquel seront bientôt confrontés les pays pauvres de la planète.

Chocs sanitaire et économique

Pour ceux qui les ont adoptées, les mesures de confinement total seront nécessairement de très courte durée, donc inefficaces. En effet, hors crise, une écrasante majorité des populations vit déjà des situations économiques difficiles. Environ 1,3 milliard de personnes dans le monde sont pauvres, selon un rapport du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Parmi elles, 50 % habitent l’Asie du Sud, et 30 % l’Afrique. Dans ces pays, les taux de chômage des jeunes sont à des niveaux record, les secteurs de l’industrie et de la transformation n’ont pas les mêmes performances que ceux des pays industrialisés, les productions agricoles sont régulièrement durement touchées à cause de chocs climatiques (invasions acridiennes, sécheresses et inondations).


Plusieurs centaines de millions de personnes sont sous-alimentées dans ces pays, y compris en Amérique centrale et latine. La baisse actuelle des prix du pétrole ajoute au choc sanitaire un choc économique pour les pays exportateurs d’hydrocarbures et de gaz. Enfin, le ralentissement de la demande dans les pays industrialisés pénalisera les économies déjà très dépendantes de l’extérieur pour leur tourisme ou leurs exportations.

 

Alors qu’une polémique naît déjà en Europe sur la stratégie optimale à adopter (faut-il restreindre la circulation des populations et jusqu’à quel point ?), les pays pauvres d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie n’auront vraisemblablement pas ce choix. Car, les conditions économiques, déjà difficiles hors crise, placent les gouvernements face à un dilemme. D’un côté, celui du confinement pour ralentir la propagation du virus, et la mise à l’arrêt au moins partielle des activités économiques, en aggravant une situation déjà …

 

 

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Crise économique et écologique: osons des décisions de rupture

Terra Nova, 02/04/2020 - Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau Dans son discours du 12 mars dernier, le président de la République déclarait: "Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s'est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties [...] Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture." Nous proposons dans cette note de prendre le Président au mot et suggérons quelques "décisions de rupture" pour la sortie de crise...

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Terra Nova, 02/04/2020 – Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau

http://tnova.fr/system/contents/files/000/001/955/original/Terra-Nova_Cycle_Covid-19_Crise-ecologique-et-economique-osons-les-decisions-de-rupture__020420.pdf?1585843205

 

Dans son discours du 12 mars dernier, le président de la République déclarait: « Mes chers compatriotes, il nous faudra demain tirer les leçons du moment que nous traversons, interroger le modèle de développement dans lequel s’est engagé notre monde depuis des décennies et qui dévoile ses failles au grand jour, interroger les faiblesses de nos démocraties […] Les prochaines semaines et les prochains mois nécessiteront des décisions de rupture. » Nous proposons dans cette note de prendre le Président au mot et suggérons quelques « décisions de rupture » pour la sortie de crise.

 

QUAND UNE CRISE CONJONCTURELLE DEVIENT UNE CRISE DE SYSTÈME

 

La crise que nous vivons est sans précédent. Sur le plan sanitaire, bien sûr, mais aussi sur le plan économique. De ce point de vue, le choc est beaucoup plusrapide et sévère que celui de la crise financière de 2007-2009 et même peut-être que celui de la grande dépression des années 1930.


C’est l’opinion que défend Nouriel Roubini[1]: « Lors des deux épisodes précédents, les marchés boursiers se sont effondrés de 50 % ou plus, les marchés du crédit se sont gelés, des faillites massives ont suivi, le taux dechômage a grimpé au-dessus de 10 % et le PIB s’est contracté à un tauxannualisé de 10 % ou plus. Mais tout cela a pris environ trois ans pour seconcrétiser. Dans la crise actuelle, des résultats macroéconomiques etfinanciers tout aussi désastreux se sont matérialisés en trois semaines. »

 

À l’appui de cette comparaison, entre 1929 et 1932, le commerce et la production industrielle ont baissé d’environ 30 % aux États-Unis, puis cette dépression s’est diffusée dans le reste du monde. Les estimations actuelles prévoient une baisse du PIB de l’ordre de 30 % dans la zone euro au deuxième trimestre par rapport au premier trimestre 2020, et d’un ordre de grandeur équivalent en France[2]. Nous sommes donc dans des ordres de grandeur comparables.

 

Cette crise sanitaire mondiale majeure est donc également une crise économique, sociale et financière exceptionnelle. Ce fut d’abord une crise aigüe d’offre avec la mise au ralenti de la principale puissance exportatrice mondiale, la Chine, et la rupture de chaînes d’approvisionnement pour de nombreuses industries dans le reste du monde. Puis un choc de demande, avec la multiplication des mesures de confinement un peu partout sur la planète.Enfin, une crise financière et bancaire avec un décrochage des marchés financiers sans précédent et des difficultés bancaires à venir résultant de la vulnérabilité des banques au risque de marché et de la montée inéluctable descréances douteuses[3].

 

Ces crises multiples, dont les effets sont interdépendants et cumulatifs, révèlent une crise systémique – au sens de crise globale de notre mode de développement – car elles mettent en lumière les vulnérabilités de nos modèles économiques, sociaux et financiers.

 

Sans souci d’exhaustivité, nous pouvons citer : l’allongement des chaînes devaleur ; le fonctionnement à flux tendu de très nombreux secteurs économiques de façon à minimiser les stocks ; la dépendance aux importations pour des « biens » aussi vitaux que des médicaments de base (80 % des principes actifs des médicaments consommés en France sont importés de Chine et d’Inde contre seulement 20 % il y a trente ans) ; les inégalités enmatière de logement, d’autant plus visibles et douloureuses dans un contexte de confinement ; les effets délétères du « nouveau management public » et del’imposition de critères de gestion importés du privé dans la sphère publique, en particulier dans les domaines de la santé et de la recherche ; la fragilité persistante de nos systèmes financiers et bancaires ; les carences de l’État quand il s’agit d’anticiper sur la gestion d’une crise de santé publique aussi majeure que la pandémie actuelle.

 

Ce dernier point interpelle d’autant plus que nous devons affronter, dans le même temps, une crise écologique sur laquelle les scientifiques nous alertent depuis des décennies, qui menace la survie même de l’humanité dans de vastes régions du globe et pour laquelle, de nouveau, les États – dont le nôtre –font preuve d’une myopie et d’une inertie coupables. L’observateur ne peut qu’être frappé par la différence de considération pour la parole scientifique dans la crise sanitaire et dans la crise écologique. Le Président n’a cessé de répéter que le principe qui guidait l’action gouvernementale et sa gestion de la crise était la « confiance dans la science ». Gouvernements et Commission européenne sont prêts à engager des centaines, voire des milliers de milliards d’euros pour soutenir l’économie dans et au sortir de cette crise sanitaire. Dans le même temps, ils sont restés étrangement sourds aux arguments des scientifiques quant à l’urgence (certes à horizon de quelques décennies[4] et non de quelques semaines) de s’atteler avec volonté, moyens et constance à la lutte contre la destruction de notre planète. Ils ont été jusqu’ici incapables de transiger sur les règles de gestion budgétaires européennes pour engager fermement la reconversion écologique de nos économies et accroître leur résilience face au réchauffement climatique et à l’effondrement – plus récemment perçu – de la biodiversité…

 

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Effondrement des marchés financiers : le coronavirus n’explique pas tout

The Conversation, 25/03/2020 - Auteure: Valérie Mignon Le lundi 9 mars 2020, après l’échec du sommet exceptionnel de l’OPEP+ visant à enrayer l’effondrement des prix du pétrole, toutes les places financières dévissent, affichant des records à la baisse. Paris enregistre alors sa plus forte chute depuis 2008 perdant 8,4 %, Francfort accuse une diminution de 7,9 % – du jamais vu depuis le 11 septembre 2001 – et Milan dégringole de 11,2 % en une journée...

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The Conversation, 25/03/2020 – Auteure: Valérie Mignon

https://theconversation.com/effondrement-des-marches-financiers-le-coronavirus-nexplique-pas-tout-134677

 

La crise sanitaire intervient après une année 2019 exceptionnelle en termes de performances boursières. Johannes Eisele / AFP

 

Le lundi 9 mars 2020, après l’échec du sommet exceptionnel de l’OPEP+ visant à enrayer l’effondrement des prix du pétrole, toutes les places financières dévissent, affichant des records à la baisse. Paris enregistre alors sa plus forte chute depuis 2008 perdant 8,4 %, Francfort accuse une diminution de 7,9 % – du jamais vu depuis le 11 septembre 2001 – et Milan dégringole de 11,2 % en une journée.

Depuis, les indices boursiers ne cessent de cumuler les « plus bas ». Une telle chute des cours était-elle prévisible ? Comment l’expliquer ? Deux facteurs sont à l’œuvre, l’un prévisible, l’autre non.

Un retour attendu aux fondamentaux

La correction à la baisse des marchés financiers était à attendre, indépendamment de la crise sanitaire actuelle. Certes, son ampleur ne l’était pas, mais la chute ne constitue pas, en soi, une surprise. Il en est de même pour l’effondrement du prix du pétrole, considéré comme un baromètre de l’économie.

Pour comprendre la situation actuelle, revenons brièvement sur le contexte qui est, à la sortie de 2019, proche d’une certaine euphorie ou bulle financière. L’année 2019 a en effet été marquée par des performances exceptionnelles sur les marchés : +32 % pour le Nasdaq, +29 % pour le S&P500, +26 % pour le CAC 40.

Cette dynamique à l’œuvre en 2019 reflétait-elle la situation économique ? En d’autres termes, de telles performances étaient-elles « normales » eu égard à la conjoncture économique ?

 Évolution des principaux indices boursiers depuis mai 2019. Zone bourse

 

Ces questions se posent avec d’autant plus d’acuité que le contexte qui prévalait l’an dernier était bien incertain : ralentissement économique latent, érosion de la croissance des pays émergents, mouvement des « gilets jaunes » en France, interrogations sur le devenir de l’Union européenne suite au Brexit, craintes liées à la soutenabilité de la zone euro, tensions commerciales entre la Chine et les États-Unis, début de nouvelles tensions géopolitiques entre les États-Unis et l’Iran… ; autant de facteurs qui contribuent à nourrir l’incertitude au niveau économique.

Le caractère accommodant des politiques monétaires menées par les banques centrales renforce ce constat, au sens où de telles politiques sont généralement plutôt observées en période de récession économique…

 

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La politique industrielle après le coronavirus

Alternatives Economiques, 26/03/2020 - Auteure: Nadine Levratto La crise sanitaire nous aura appris quelque chose. Les chaînes globales de commodités, de valeur et autres réseaux de production globaux sont des colosses aux pieds d’argile dont la sensibilité aux chocs appelle un changement de modèle de production...

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Alternatives Economiques, 26/03/2020 – Auteure: Nadine Levratto

https://www.alternatives-economiques.fr/nadine-levratto/politique-industrielle-apres-coronavirus/00092265

 

La crise sanitaire nous aura appris quelque chose. Les chaînes globales de commodités, de valeur et autres réseaux de production globaux sont des colosses aux pieds d’argile dont la sensibilité aux chocs appelle un changement de modèle de production.

Dès les premiers signes de ralentissement économique en Chine au mois de janvier, la presse française a rendu compte des risques pour les entreprises…

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Le système financier peut-il absorber le choc du coronavirus ?

La Croix, 11/03/2020 - Auteure: Laurence Scialom Cette crise du coronavirus est en train de révéler les fragilités préexistantes du système financier, qui n’ont pas été comblées après la crise de 2008. De-puis lors, on a renforcé des digues, notamment des coussins amortisseurs de pertes sous forme de ratio de capitaux et de contraintes de liquidité, mais sans avoir l’assurance que le système puisse tenir en cas de grande secousse...

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La Croix, 11/03/2020 – Auteure: Laurence Scialom

 

Le pire n’est ni certain ni impossible

 

Cette crise du coronavirus est en train de révéler les fragilités préexistantes du système financier, qui n’ont pas été comblées après la crise de 2008. De-puis lors, on a renforcé des digues, notamment des coussins amortisseurs de pertes sous forme de ratio de capitaux et de contraintes de liquidité, mais sans avoir l’assurance que le système puisse tenir en cas de grande secousse.

Aujourd’hui encore, nombre de banques systémiques ne seraient toujours pas en mesure d’absorber un choc de l’ampleur de celui qu’on a connu à l’automne 2008. Heureusement, on n’en est pas là, du moins pour l’instant, et la situation est différente. La précédente crise était fille des innovations financières dangereuses et de la dérégulation. Celle-ci vient d’une crise de la demande qui heurte un système financier dont les fragilités n’ont pas été assez résorbées.

Nous sommes dans ce que les économistes appellent l’« incertitude radicale ». Nous n’avons jamais vécu d’épisode comme celui-ci, avec une crise sanitaire mondiale conduisant à confiner des zones entières. Cela produit une situation dont il est très difficile d’anticiper les effets car il n’y a pas de précédent connu auquel se référer.

Dans cette situation, le pire n’est pas certain, mais il n’est pas non plus impossible. Le choc d’offre, doublé d’une crise sur le marché du pétrole, pourrait avoir des effets très forts sur l’économie américaine, dopée au pétrole de schiste. La Chine, elle, voyait déjà sa croissance ralentir avant le début de l’épidémie. De même, la crise frappe particulièrement l’Italie, maillon faible de la zone euro.

Tout cela peut avoir des répercussions que nul ne maîtrise sur un système financier mondial déjà affecté de nombreux maux. L’endettement privé, dans de très nombreux pays, est toujours excessif. Dans ces conditions, si la crise conduit à des défauts de paiement en cascade, cela va inévitablement se propager aux banques qui n’ont pas été assez regardantes sur la qualité de leurs engagements.

 


Nous sommes dans ce que les économistes appellent l’« incertitude radicale ».

 

Depuis la dernière crise, les mesures prises n’ont pas été assez loin pour éviter qu’une grande banque puisse de nouveau faire faillite, entraînant dans son sillage le système financier. Pire, certaines activités risquées se sont même développées, comme la gestion indicielle qui vise à suivre au plus près certains signes apparents. Or, quand ces indices décrochent, comme c’est le cas, cela conduit à des comportements qui ne font qu’empirer les choses.

Ceux qui estimaient qu’on avait été trop loin dans la régulation du système financier doivent constater leur erreur. En réalité, toutes les leçons de 2008 n’ont pas été tirées. Les banques n’ont toujours pas assez de capitaux propres pour supporter un choc violent. Le système financier reste donc aussi fragile, du fait notamment de son endettement excessif et de la taille des plus gros établissements.

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Covid-19, pétrole et Cygne Noir

AOC, 16/03/2020 - Auteure: Laurence Scialom Un « Cygne Noir » désigne un événement improbable, dont l’impact est considérable et qui apparait rétrospectivement comme prévisible. C’est par exemple la combinaison de l’épidémie de coronavirus et de la guerre des prix sur les marchés pétroliers qui provoque un choc d’offre et de demande au niveau mondial. La tentation est grande pour les gouvernements, les régulateurs et banques centrales de rassurer les marchés à tout prix, quitte à brouiller l’information sur la santé véritable du secteur financier. Alors, toute ressemblance et similitude avec la crise dessubprimesn’est pas à exclure...

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AOC, 16/03/2020 – Auteure: Laurence Scialom

 

Un « Cygne Noir » désigne un événement improbable, dont l’impact est considérable et qui apparait rétrospectivement comme prévisible. C’est par exemple la combinaison de l’épidémie de coronavirus et de la guerre des prix sur les marchés pétroliers qui provoque un choc d’offre et de demande au niveau mondial. La tentation est grande pour les gouvernements, les régulateurs et banques centrales de rassurer les marchés à tout prix, quitte à brouiller l’information sur la santé véritable du secteur financier. Alors, toute ressemblance et similitude avec la crise des subprimes n’est pas à exclure…

Nous, économistes, travaillant sur la stabilité financière et sur les crises financières, savions que les fragilités financières perduraient et finiraient par se révélern’en déplaise à l’industrie financière qui, tel un mantra, dénonce sans cesse l’avalanche de réglementations post-crise l’ayant «corsetée» et entravant son activité. Ce discours irresponsable a d’ailleurs trouvé une oreille attentive chez les décideurs publics justifiant ainsi la pause règlementaire voire le détricotage des règlementations financières et bancaires tant aux États Unis qu’en Europe.

Nous savions que les marchés financiers étaient surévalués, abreuvés par l’abondance de liquidité elle-même fille de la gestion par les banquescentrales de la crise financière précédente, dopés par les taux nominaux à zéro voire négatifs et l’aveuglement aux risques. Nous savions que les pathologies de l’hypertrophie de la finance ne s’étaient pas résorbées: endettement privé excessif, institutions financières obèses, aléa moral, vulnérabilité aux crises de liquidité, nocivité de certains modes de gestion d’actifs et insuffisance des réponses réglementaires à la crise de 2008… Mais aucun économiste, à ma connaissance, n’avaient prévu que le «Cygne Noir» viendrait d’une crise de santé publique mondiale affectant la première puissance exportatrice du monde puis prioritairement les pays les plus développés.

 

Mais est-ce si étonnant? Le propre d’un Cygne Noir n’est-il pas la raretédans un monde decygnes blancs ?

 

L’existence de ce rarissime «palmipède» a été popularisée par Nassim Nicholas Taleb dans l’ouvrage du même titre.[1]Il désigne un évènement qui présente les 3 caractéristiques suivantes:

– Son caractère très improbable et non probabilisable car «rien dans le passé n’indique de façon convaincante qu’il ait des chances de se produire»;

– son impact est considérable;

– et le fait qu’ex-postnous construisons un argumentaire expliquant sa survenue, ce que N.N. Taleb appelle sa «prévisibilité rétrospective mais pas prospective».

 

S’ajoute à cette caractérisation selon Taleb que nous avons tendance à nous comporter comme si les Cygnes Noirs n’existaient pas. C’est particulièrement le cas en finance où la mesure du risque qui se fonde sur les données du passé exclut par essence la possibilité du Cygne Noir. La crise de santé publique que nous vivons par son étendue géographique, par la méconnaissance de la durée de la pandémie, par les mesures de cantonnement exceptionnelles et de ralentissement économique qu’elle suscite est sans précédent. Elle correspond à ce que l’on désigne comme un contexte d’incertitude radicale dans lequel la connaissancedu passé ne nous est d’aucune utilité.

 

Le monde globalisé que nous avons construit nous révèle simultanément sa vulnérabilité à des chocs de santé publique mondiaux, mais aussi d’ordre géopolitique.

Les raisons du krach boursier amorcé le lundi 9 mars sont très différentes de celles qui ont conduit à la crise de 2007-08. Cette dernière trouvait sa source dans la finance structurée qui a permis qu’une crise localisée sur un segment du marché du crédit hypothécaire à risque américain ne devienne une crise financière systémique mondiale. La source de la crise se trouvait donc dans la finance elle-même. Aujourd’hui, c’est une crise aigüe d’offre puis de demande résultant de la mise au ralenti de l’économie mondiale pour enrayer et contenir une pandémie née en Chine qui révèle des fragilités financières qui lui préexistaient. La source est donc extérieure au monde de la finance et à priori conjoncturelle dans la mesure où l’on espère que la pandémie s’arrêtera dans les prochains mois. Pour autant est-on si sûr que cet épisode conjoncturel ne dégénérera pas sur une crise financière profondeet durable ? La cause étant conjoncturelle va-t-elle nécessairement déboucher sur des perturbations financières elles-mêmes très transitoires? Un certain nombre d’éléments incitent à la prudence.

 

En effet, s’ajoute à la pandémie, l’éclatement simultané de l’OPEP qui en tant que cartel agissait comme régulateur du marché pétrolier. La baisse de la demande mondiale induite par le Covid19 induit mécaniquement une baisse de la demande de pétrole. Or, au lieu de se mettre d’accord pour réduire l’offre de manière coordonnée et ainsi soutenir les prix, les pays producteurs se sont lancés dans une guerre des prix dont la Russie et l’Arabie Saoudite sont les acteurs clefs et dont le pétrole de schiste américain et canadien pourrait être la première victime. Le monde globalisé que nous avons construit nous révèle ainsi simultanément sa vulnérabilité à des chocs de santé publique mondiaux mais aussi à l’amplification de leurs conséquences sous l’influence de considérations d’ordre géopolitique.

 

Si le prix du pétrole restait durablement à un niveau rendant non profitable l’extraction du pétrole «non conventionnel» dont les coûts de production sont très supérieurs à ceux du pétrole conventionnel, la santé de l’économie américaine et de certaines de ses banques pourrait être fortement affectée. Ce secteur adepte de la fracturation hydraulique et de techniques de forage très nuisibles à l’environnement est déjà très endetté. Selon un rapport de l’agence Moody’s de février 2020 les sociétés d’exploration et de production aux États-Unis et au Canada ont environ 86 milliards de dollars de dette à rembourser entre 2020 et 2024, plus grave 62% de cette dette est considérée comme spéculative. Ce secteur présente donc des vulnérabilités de bilan ne lui permettant pas de résister longtemps à une baisse durable du prix du pétrole. Les banques américaines créancières pourraient alors subir une hausse soudaine de leurs créances douteuses et pour certaines s’en trouver fragiliser. Gardons en mémoire que le contrechoc pétrolier au milieu des années 80 conduisit à la faillite de 7 des 10 plus grandes banques du Texas et 2 furent fusionnées.

 

Si ce double choc avait un fort impact sur la croissance américaine et sur la santé de certaines banques très exposées, des effets en cascade sont à craindre en particulier sur les leveraged loans(prêts à effet de levier) qui sont des prêts accordés par des institutions financières à des entreprises déjà très endettées. Ceux-ci se sont très fortement développés aux États-Unis dans un contexte permissif de taux bas. Ils atteignaient 1800 milliards de dollars fin 2018 (trois quarts de l’encours mondial). Les entreprises y ayant recours sont très vulnérables à une raréfaction des financementsen particulier en cas de chocs macroéconomiques ou financiers qui augmenteraient leur risque de défaut. Ces prêts à effet de levier sont principalement détenus par l’intermédiaire de fonds communs de placement et decollateralized loan obligations(CLO). Or, les CLO sont des produits titrisés qui sont à leur tour détenus par divers investisseurs américains mais aussi étrangers.

 

Toute ressemblance et similitude avec les subprimes n’est pas à exclure…

 

L’Europe quant à elle était déjà dans une conjoncture très atone avant l’épidémie. Le risque de basculer dans la récession est maintenant plus marqué. Les inquiétudes se focalisent pour l’instant sur l’Italie, maillon faible de la contagion mais aussi maillon faible de la zone euro sur le plan économique, financier et bancaire. La généralisation du confinement à toute la péninsule décidée le 9 mars au soir et prévue au moins jusqu’au 3 avril va aggraver la situation des banques italiennes dont l’apurement des créances douteuses de leur bilan est loin d’être achevé avec 140 milliards d’euros en juin 2019. Le risque est donc grand qu’à l’occasion de ce choc macroéconomique, la fragmentation financière sur les marchés de dettes européens se réactive, l’élargissement des spreads (écarts de taux) entre les obligations italiennes et allemandes en est un symptôme inquiétant.

 

Le cercle vicieux entre fragilité bancaire et dette souveraine qui menace la zone euro n’a pas été brisé.

Or, l’union bancaire qui reste inachevée laisse les États membres en première ligne s’il faut renflouer une banque. La recapitalisation dite «préventive» de Monte Dei Paschi Di Siena en 2017 l’a clairement illustré. Le cercle vicieux entre fragilité bancaire et dette souveraine qui menace la zone euro n’a pas été brisé. Les banques détiennent massivement de la dette de l’État censé les renflouer en cas de problème, elles subissent donc une dégradation de leur actif si les marchés se mettent à douter de la qualité de la signature de l’État. Symétriquement, les États subissent le coût des défaillances bancaires d’où l’idée d’un cercle vicieux. Or, tant en termes d’endettement public que de solidité des banques, l’Italie reste une poche de fragilité financière dans la zone euro.

 

Face à la gravité de la situation, des deux côtés de l’Atlantique, banques centrales et gouvernements amorcent la riposte. La Fed (Réserve fédérale des États-Unis) et la Banque d’Angleterre ont déjà réagi par une baisse des taux directeurs. La BCE quant à elle a laissé ses taux directeurs inchangé. Elle a opté pour des opérations de refinancement à long terme de sorte d’apporter un soutien en liquidité immédiat au système financier. La totalité des demandes seront servies à un taux égal au taux moyen des facilités de dépôts jusqu’en juin prochain c’est-à-dire un tauxnominal négatif, date prévue de réactivation du TLTRO (targeted long term refinancing operation). Il s’agit d’opérations de refinancement à taux encore plus négatifs à des banques en fonction des prêts qu’elles octroient aux PME (les entités potentiellement les plus touchées par les effets de la pandémie).

 

Les commentateurs dénonçant l’absence de baisse des taux de la BCE ne semblent pas avoir pris la mesure du soutien exceptionnel aux banques qu’accorde ainsi la BCE. S’ajoute à ces mesures un renforcement du quantitative easing par un achat net supplémentaire de 120 milliards d’actifs jusqu’à la fin de l’année. Sur le plan budgétaire les annonces de plans de soutien se multiplient. Le plus spectaculaire étant celui annoncé par D. Trump de 700 milliards de dollars soit exactement le même montant que celui du plan Paulson de sauvetage du système financier américain en 2008…

 

Sur le plan proprement financier, la combinaison d’un choc d’offre et de demande au niveau mondial générés par l’épidémie de coronavirus et de la guerre des prix sur les marchés pétroliers ne créent pas de fragilités financières nouvelles mais révèlent les vulnérabilités existantes. La tentation est alors grande pour les gouvernements, les régulateurs et banques centrales de rassurer les marchés à tout prix, quitte à brouiller l’information sur la santé véritable du secteur financier. Cette politique de l’autruche est dangereuse.

 

Elle se concrétise dans le report à 2021, annoncé par l’Autorité bancaire Européenne (ABE), des stress tests initialement prévus cette année. Elle prend également la forme d’une pression des banques italiennes en faveur d’une redéfinition des prêts non performants de sorte de ne pas comptabiliser l’explosion à venir de ceux-ci. Les prêts non performants sont conventionnellement définis comme des prêts subissant des retards de paiements de plus de 90 jours. Ne plus les qualifier ainsi ne serait qu’un tour de passe-passe sémantique qui ne les rendrait pas moins risqués. Sauf à croire qu’en mettant la tête dans le sable miraculeusement les dangers disparaissent. Cette politique d’attentisme est une tentation permanente et pernicieuse des États et des régulateurs. Les États-Unis l’ont éprouvé avec la crise des Savings and Loans à la fin des années 80 début des années 90.

 

L’histoire financière montre que l’attentisme des autorités génère souvent des effets désastreux. Acheter du temps en faisant le pari de la résurrection spontanée s’est révélé mortifère dans la crise japonaise des années 90. Nous devrions collectivement méditer et décortiquer cette expérience alors que les pressions déflationnistes se renforcent dansla zone euro.

 

Le 7 janvier 2020, les députés français se firent les portes voix du lobby bancaire en adoptant une résolution invitant le gouvernement à alléger les contraintes en capital des banques qui avaient été longuement négociées dans les accords dits de Bâle 3. Àl’heure de l’effondrement des marchés financiers et des pertes bancaires massives qui se profilent du fait de la montée des prêts non performants et des pertes financières de marché, gageons qu’ils commencent à douter du bien-fondé de cette position…À l’heure où les fragilités financières et bancaires se dévoilent sous les coups de bec d’un Cygne Noir, le capital des banques, absorbeur de pertes non anticipées, est le dernier rempart pour que le citoyen contribuable n’ait pas de nouveau à mettre la main à la poche pour renflouer ses banques si la crise venait à s’aggraver.

 

[1]Nassim Nicolas Taleb, 2011, Le Cygne noir, Le belles lettres

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Pandémie de Covid-19 : « Il faut percer le mur de la dette »

Le Monde, 10/04/2020 - Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau La Banque centrale européenne doit annuler une partie de la dette souveraine qu’elle va être amenée à détenir, estiment les économistes Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau dans une tribune au « Monde ». Le président de la République affirme que, face à la pandémie de Covid-19, « nous sommes en guerre ». Logiquement, au lendemain de celle-ci, nous nous retrouverons avec une dette de guerre, d’autant plus lourde que le combat aura été long et d’autant plus douloureuse que l’endettement public est déjà fort. Que nous dit l’histoire sur le jour d’après ?...

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Le Monde, 10/04/2020 – Auteurs: Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau

 

La Banque centrale européenne doit annuler une partie de la dette souveraine qu’elle va être amenée à détenir, estiment les économistes Laurence Scialom et Baptiste Bridonneau dans une tribune au « Monde ».

Tribune. Le président de la République affirme que, face à la pandémie de Covid-19, « nous sommes en guerre ». Logiquement, au lendemain de celle-ci, nous nous retrouverons avec une dette de guerre, d’autant plus lourde que le combat aura été long et d’autant plus douloureuse que l’endettement public est déjà fort. Que nous dit l’histoire sur le jour d’après ?

 

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l’Allemagne, la France et le Royaume-Uni se retrouvèrent plombés par des dettes publiques comprises entre 200 % et 300 % de leur produit intérieur brut (PIB), à un moment où l’ardente nécessité était à la reconstruction. Ces dettes de guerre furent progressivement absorbées par un mélange d’annulations pures et simples, de croissance, d’inflation (permettant une dépréciation de leur valeur réelle) et de prélèvements exceptionnels sur la propriété privée, en Allemagne et au Japon notamment.

 

Inflation et croissance ne peuvent aujourd’hui constituer des solutions de court terme. Avant même la pandémie, le risque de déflation et l’affaissement de la croissance potentielle étaient les symptômes d’une stagnation séculaire. Il nous faudra donc imaginer d’autres solutions.

 

Mais, comble de l’infortune, la zone euro connaît une difficulté additionnelle : nous partageons une monnaie commune sans dette publique fédérale. Ce qui implique que les marchés financiers pénalisent davantage les Etats déjà les plus endettés.

 

D’où l’idée défendue par certains pays membres d’émettre des « coronabonds », soit des emprunts émis et remboursés en commun, afin d’empêcher la spéculation sur la dette des Etats en difficulté, un poison qui avait déjà failli faire éclater la zone euro lors de la crise des dettes souveraines de 2010-2012.


« Cigales » et « fourmis »

 

A l’époque, la France et l’Italie avaient défendu une idée proche, mais l’Allemagne et les Pays-Bas s’y étaient alors fermement opposés au nom du risque d’aléa moral. Mais, face à la crise sanitaire et à la mise à l’arrêt simultanée des économies, cet argument ne tient pas : le choc ne frappe pas de manière différenciée les « cigales » et les « fourmis ». Pourtant, la même fracture politique se retrouve aujourd’hui, jetant une lumière crue sur le manque de solidarité des pays
du Nord.


Le recours au Mécanisme européen de stabilité (MES), créé en 2012 pour aider les pays que les marchés ne voulaient plus financer, est présenté comme la solution alternative aux eurobonds. Le MES peut lever des fonds sur les marchés à des taux inférieurs à ceux auxquels les pays les plus en difficulté s’endettent ; il peut ensuite réallouer ces fonds sous forme de crédits à taux très bas aux pays qui en ont besoin. Mais cette forme de mutualisation est conditionnelle, et l’Italie refuse tout ce qui, en contrepartie d’un accès au MES, pourrait s’apparenter à une mise sous tutelle comme l’a connue la Grèce lors de la crise de la zone euro. L’accord survenu le 9 avril entre les ministres européens des finances limite le recours au MES à seulement 2 % du PIB et aux seules dépenses de santé.


La fracture qui scinde l’Eurogroupe sur ces questions de mutualisation européenne du financement de la crise sanitaire et de ses conséquences économiques est mortifère pour la zone euro. Les négociations ont abouti à une réponse minimale, à un replâtrage sans ambition, qui permettra d’acheter du temps.


Mais au-delà de cette incurie politique de l’Europe, il demeure que quels que soient les types de dettes – émises par les Etats, dette jointe sous forme d’eurobonds ou dette mutualisée avec conditionnalité par le biais du MES – tous ces engagements se cumulent en un mur de dettes qui au sortir de la crise agitera le spectre d’un remboursement et paralysera l’action publique.

 

Reconversion écologique

 

Or, si sauver à court terme des centaines de milliers de personnes du Covid-19 est essentiel, investir pour sauver notre maison commune et les conditions de la vie humaine l’est au moins autant. C’est pourquoi nous proposons une annulation partielle des dettes publiques détenues par la Banque centrale européenne (BCE), conditionnée au fait que les marges de manoeuvre ainsi retrouvées soient dirigées vers la reconversion écologique de nos économies (« Osons des décisions de rupture », Terra Nova, 2 avril 2020). Cette option serait bonne à court terme pour l’économie en soutenant l’activité économique et l’emploi de chaque pays de la zone, et bonne à moyen long terme pour tous, car la préservation du climat est un bien public mondial.


La solution est politiquement possible, car la BCE est l’institution où la possibilité qu’un gouvernement y oppose un veto est la plus faible. Contrairement à l’instauration de bons européens communs, qui exige l’unanimité, des annulations de dette souveraine de la part de la BCE relèvent d’un arbitrage de politique monétaire pris à la majorité des deux tiers. Cela, dans un système de rotation des voix qui contraint parfois les gouverneurs des pays les plus réticents à n’être que des témoins du vote. Ce ne serait pas la première fois que son Conseil des gouverneurs prendrait une décision sans consensus : les « opérations monétaires sur titres » de 2012 étaient passées outre l’assentiment de Jens Weidmann, président de la Bundesbank. L’annonce de ce programme avait pourtant immédiatement calmé les marchés de dette souveraine et participé à sauver la zone euro. Aujourd’hui, face à la crise économique et écologique, il peut être à nouveau nécessaire de faire pencher le rapport de force en faveur des partisans du changement politique plutôt que de ceux du statu quo. La BCE sauverait une fois de plus la zone euro de ses démons.

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Covid-19 : Cette « myopie au désastre » qui dégrade nos capacités de réponse aux crises

The conversation, 08/04/2020 - Auteurs: Pauline Gandré et Camille Cornand Les pandémies, comme celle que nous connaissons actuellement, sont des événements rares aux conséquences dramatiques, à l’instar des crises financières ou des catastrophes naturelles. En dépit de leur récurrence au cours de l’histoire humaine, leur survenue révèle bien souvent un manque de préparation frappant. La science économique, qui analyse le manque de préparation aux crises financières, peut éclairer a posteriori la crise sanitaire actuelle, en se centrant sur l’hypothèse de myopie au désastre. L’hypothèse de « myopie au désastre » a été développée pour la première fois en 1986 par les économistes Jack Guttentag et Richard Herring pour analyser les crises bancaires...

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The conversation, 08/04/2020 – Auteurs: Pauline Gandré et Camille Cornand

https://theconversation.com/covid-19-cette-myopie-au-desastre-qui-degrade-nos-capacites-de-reponse-aux-crises-135663

 

Les pandémies, comme celle que nous connaissons actuellement, sont des événements rares aux conséquences dramatiques, à l’instar des crises financières ou des catastrophes naturelles. En dépit de leur récurrence au cours de l’histoire humaine, leur survenue révèle bien souvent un manque de préparation frappant.

La science économique, qui analyse le manque de préparation aux crises financières, peut éclairer a posteriori la crise sanitaire actuelle, en se centrant sur l’hypothèse de myopie au désastre.

L’hypothèse de « myopie au désastre » a été développée pour la première fois en 1986 par les économistes Jack Guttentag et Richard Herring pour analyser les crises bancaires.

Elle correspond à « la tendance au fil du temps à sous-estimer la probabilité de chocs peu fréquents » dans un environnement incertain, où le risque n’est pas probabilisable, en raison de sa faible fréquence et d’une structure causale qui varie dans le temps.


À la frontière entre économie et psychologie

 

La sous-estimation de la probabilité d’événements rares est la conséquence de biais de perception qui résultent de deux règles empiriques (ou « heuristiques ») utilisées par les individus, et notamment les décideurs publics, en situation d’incertitude.

La première consiste pour les individus à estimer la probabilité de survenue d’un événement en fonction de la disponibilité avec laquelle des événements similaires se présentent à leur mémoire. Elle implique que, plus la survenue d’un événement extrême s’éloigne dans le temps, plus la probabilité subjective qui lui est attribuée est faible…

 

 

Sur les marchés financiers, des biais de perception conduisent les individus à minimiser

la probabilité que des événements rares ne se produisent. Johannes Eisele/AFP

 

 

La deuxième consiste à attribuer une probabilité nulle à un événement dès lors que sa probabilité subjective atteint un seuil minimal, dans un contexte où l’attention d’un individu n’est pas illimitée et doit donc être répartie. Ces opérations mentales ont été mises en évidence empiriquement, notamment par des psychologues et économistes comportementaux.

Ce mécanisme d’amnésie conduit alors à une hausse de la prise de risque. Même si des signaux d’alerte apparaissent, ils rentrent en contradiction avec les croyances des individus, qui vont dès lors les ignorer ; c’est ce que l’on appelle la « dissonance cognitive ». En résulte une impréparation à la survenue d’un événement rare mais extrême, qui rend ses conséquences d’autant plus dramatiques.

Comme l’ont décrit Guttentag et Herring pour les crises bancaires internationales des années 1980, la myopie au désastre peut expliquer la sous-estimation du risque et son corollaire : une prise de risque accrue, dans les périodes précédant l’éclatement de la crise…

 

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