Nous réexaminons le jeu de campagne électorale à deux candidats et trois alternatives avec ambiguïté stratégique d'Aragonès et Postlewaite (2002), dans lequel l'ambiguïté émerge en équilibre lorsqu'aucune alternative pure n'est majoritairement gagnante et que les électeurs manifestent des préférences suffisamment intenses. Nous montrons que la condition d'existence des stratégies gagnantes du candidat associé à l'alternative de Condorcet n'est pas suffisante pour l'existence d'une telle stratégie. La dérivation originale évalue la stratégie adversariale au pire cas uniquement en deux points extrêmes de l'ensemble admissible, alors que la borne pertinente est atteinte ailleurs. Nous fournissons un contre-exemple montrant que la condition originale peut être satisfaite bien qu'aucune stratégie gagnante n'existe, et nous établissons une caractérisation corrigée : les stratégies gagnantes s'appuient sur les électeurs qui préfèrent avant tout l'alternative restante, non associée à l'un ou l'autre des candidats, plutôt que sur ceux qui classent l'alternative de Condorcet en second. Cela est semblable à la logique de coalition du candidat non-Condorcet, ce qui produit une symétrie structurelle entre les stratégies d'équilibre des deux candidats. Il en résulte que l'association à une alternative de Condorcet ne confère pas d'avantage stratégique systématique, et que l'ambiguïté stratégique opère comme un dispositif électoral sélectif plutôt qu'agrégateur.
Mot(s) clé(s)
Ambiguïté stratégique, Vainqueur de Condorcet, Compétition électorale, Structure de coalition, Vote