À quelles conditions la France peut-elle se réindustrialiser ?

The Conversation, 28/04/2020 - Auteurs: Gilles Crague, Denis Carré et Nadine Levratto

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Une couturière coud des masques dans une atelier de fabrication de l’entreprise Saint James, dans le nord de la France. Damien Meyer / AFP

 

 

Les conséquences économiques et sociales de la crise sanitaire invitent à une prise de distance pour en traiter les causes, anticiper les effets à moyen terme et tracer les contours du nouveau modèle économique qui pourrait en découler.

 

Dès les premiers signes de ralentissement économique en Chine au mois de janvier, les risques que l’interruption des chaînes d’approvisionnement faisaient courir aux entreprises européennes et françaises ont été soulignés, souvent tempérés par le fait que les stocks devaient suffire à passer la crise.

 

Or pour des raisons de sécurité sanitaire, mais surtout car l’approvisionnement ne permettait plus le fonctionnement des établissements, les usines ont fermé tour à tour.

 

La période souligne une nouvelle fois la relative fragilité des entreprises et des marchés vis-à-vis d’une rupture dans les grands flux d’échanges internationaux. Et ce en dépit de l’efficacité de plus en plus marquée des fameuses chaînes d’approvisionnement. D’où l’importance de maîtriser la production de biens et de conserver des moyens de production à proximité des marchés, a fortiori lorsqu’il s’agit de biens stratégiques.

 

Dans ce contexte, deux options de sortie de crise pourront s’esquisser. Maintenir le système existant en optimisant des composantes qui ont montré des signes de faiblesse comme la logistique et les transports, ou engager une transformation industrielle et écologique en dessinant un nouveau système productif.

« Business as usual »

La première possibilité consiste à fonder la reprise sur un rattrapage de la consommation, une sécurisation des flux de transport et des approvisionnements, et une augmentation des modalités de stockage, au moins pour certains biens dont la crise aura révélé le caractère stratégique. Il s’agit là de l’option « business as usual », qui perpétue en l’amendant le modèle d’« avant la crise ». Ce point de vue a été récemment développé par deux experts renommés de l’industrie (sur Telos ou sur The Conversation).

 

Pourtant, au-delà des fragilités que la crise révèle au grand jour, les problèmes qui lui préexistaient n’ont pas moins disparu. Le problème économique associé au déficit commercial manufacturier est croissant depuis le milieu des années 2000 (59 milliards d’euros en 2019 contre 42,5 en 2007), et constitue un problème géopolitique lorsqu’il touche à des biens stratégiques comme les médicaments.

 

L’enjeu écologique par ailleurs se reflète dans une empreinte carbone en pleine explosion du fait d’importations en progression. Entre 2000 et 2008, les émissions de CO2 dites importées uniquement liées au commerce international ont augmenté plus vite que la moyenne des émissions mondiales (+4,3 % par an en moyenne)

Réduire la dépendance française et européenne

Une seconde option pour la sortie de crise consiste à faire de la crise sanitaire une fenêtre d’opportunité pour opérer la transition du modèle économique actuel vers une autre organisation politico-économique...

 

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