Le coronavirus, révélateur des inégalités territoriales françaises

The Conversation, 28/04/2020 - Auteurs: Mounir Amdaoud, Giuseppe Arcuri, et Nadine Levratto

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 Ouvriers agricoles à Montesson, dans les Hauts de France le 27 avril 2020. Ludovic MARIN / AFP

 

 

Dès les premiers signes de l’épidémie de Covid-19, les commentateurs ont relevé les différences d’exposition selon les régions en insistant dans un premier temps sur l’apparition du patient zéro, puis sur les mouvements de population. Au-delà de ces aspects ponctuels, la concentration géographique de l’épidémie a amené à regarder du côté des disparités entre les régions françaises. C’est à ce besoin d’une approche socio-économique spatialisée que répond ce texte.

En effet, l’emploi du terme clusters, pour décrire les foyers d’infection, et le focus sur le Grand Est, les Hauts-de-France et l’Ile-de-France qui concentrent le plus grand nombre de cas conduisent à se demander de quels mécanismes répond la répartition spatiale de ce virus.

Certes, les facteurs individuels sont essentiels pour expliquer la probabilité de contracter la maladie et son issue. Cependant, l’importance des facteurs socioéconomiques locaux comme facteur explicatif de l’état de santé des populations et des taux de mortalité est démontrée par la littérature.

Dès le début de l’épidémie, les mouvements des populations aisées des grandes métropoles, notamment Paris, vers leurs résidences secondaires localisées dans les départements de Normandie et de Bretagne et de Vendée ont été pointés comme facteurs de diffusion de l’épidémie.

Plusieurs articles de presse ont également mis l’accent sur la densité comme facteur explicatif des taux élevés de coronavirus, en Ile de France notamment, et sur la situation des hôpitaux publics et de la médecine de ville.

Enfin, plus récemment, le rôle de la pauvreté a été souligné pour expliquer le non-respect du confinement, en Seine Saint-Denis notamment.

Suivant cette logique, nous mobilisons trois grandes familles de variables locales pouvant potentiellement affecter le taux de malades et le taux de mortalité liés au Covid-19 : des déterminants économiques, des déterminants démographiques et des déterminants liés au cadre de vie.

Géographie en temps de Covid-19

La publication en ligne des données sur la répartition géographique du nombre de cas de Covid-19 nécessitant une hospitalisation et du nombre de décès liés à ce virus (ministère des Solidarités et de la Santé) ainsi que celles des décès quotidiens à l’hôpital (Insee) a permis de rapidement dresser le portrait des départements français. Les cartes suivantes rendent compte de l’hétérogénéité spatiale, très tôt décelée par le secteur médical, de la maladie.

 
Figure 1 : Taux d’hospitalisation pour le Covid-19 par département (par décile)
(soit total des nouvelles hospitalisations enregistrées entre la semaine 9 et la semaine 15).
Ministère des Solidarités et de la Santé. Calculs et cartographie des auteurs, Author provided
Figure 2 : Taux de décès dus au Covid-19 en milieu hospitalier par département (par décile) soit nombre de décès reportés entre la semaine 9 et la semaine 15.
Ministère des Solidarités et de la Santé. Calculs et cartographie des auteurs, Author provided
 
Figure 3 : Taux de surmortalité par département au 30 mars 2020 par rapport à la moyenne de 2018 et 2019 (par décile).
Insee ; calculs et cartographie des auteurs, Author provided

 

 

Les départements les plus touchés, quel que soit l’indicateur retenu, sont ceux de la région Grand Est, des Hauts-de-France et de l’Ile-de-France. On note également de plus forts taux d’hospitalisation et de mortalité le long de la vallée du Rhône. En revanche, la moitié ouest du pays, et notamment le quart sud-ouest, apparaît relativement moins touchée par le Covid-19...

 

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