Le système financier peut-il absorber le choc du coronavirus ?

La Croix, 11/03/2020 - Auteure: Laurence Scialom

 

Le pire n’est ni certain ni impossible

 

Cette crise du coronavirus est en train de révéler les fragilités préexistantes du système financier, qui n’ont pas été comblées après la crise de 2008. De-puis lors, on a renforcé des digues, notamment des coussins amortisseurs de pertes sous forme de ratio de capitaux et de contraintes de liquidité, mais sans avoir l’assurance que le système puisse tenir en cas de grande secousse.

Aujourd’hui encore, nombre de banques systémiques ne seraient toujours pas en mesure d’absorber un choc de l’ampleur de celui qu’on a connu à l’automne 2008. Heureusement, on n’en est pas là, du moins pour l’instant, et la situation est différente. La précédente crise était fille des innovations financières dangereuses et de la dérégulation. Celle-ci vient d’une crise de la demande qui heurte un système financier dont les fragilités n’ont pas été assez résorbées.

Nous sommes dans ce que les économistes appellent l’« incertitude radicale ». Nous n’avons jamais vécu d’épisode comme celui-ci, avec une crise sanitaire mondiale conduisant à confiner des zones entières. Cela produit une situation dont il est très difficile d’anticiper les effets car il n’y a pas de précédent connu auquel se référer.

Dans cette situation, le pire n’est pas certain, mais il n’est pas non plus impossible. Le choc d’offre, doublé d’une crise sur le marché du pétrole, pourrait avoir des effets très forts sur l’économie américaine, dopée au pétrole de schiste. La Chine, elle, voyait déjà sa croissance ralentir avant le début de l’épidémie. De même, la crise frappe particulièrement l’Italie, maillon faible de la zone euro.

Tout cela peut avoir des répercussions que nul ne maîtrise sur un système financier mondial déjà affecté de nombreux maux. L’endettement privé, dans de très nombreux pays, est toujours excessif. Dans ces conditions, si la crise conduit à des défauts de paiement en cascade, cela va inévitablement se propager aux banques qui n’ont pas été assez regardantes sur la qualité de leurs engagements.

 


Nous sommes dans ce que les économistes appellent l’« incertitude radicale ».

 

Depuis la dernière crise, les mesures prises n’ont pas été assez loin pour éviter qu’une grande banque puisse de nouveau faire faillite, entraînant dans son sillage le système financier. Pire, certaines activités risquées se sont même développées, comme la gestion indicielle qui vise à suivre au plus près certains signes apparents. Or, quand ces indices décrochent, comme c’est le cas, cela conduit à des comportements qui ne font qu’empirer les choses.

Ceux qui estimaient qu’on avait été trop loin dans la régulation du système financier doivent constater leur erreur. En réalité, toutes les leçons de 2008 n’ont pas été tirées. Les banques n’ont toujours pas assez de capitaux propres pour supporter un choc violent. Le système financier reste donc aussi fragile, du fait notamment de son endettement excessif et de la taille des plus gros établissements.

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